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Lettre de Mme Martin aux Guérin CF 43 - Janvier 1869.

 

Lettre de Mme Martin aux Guérin CF 43

A son frère Isidore Guérin et à sa Belle‑Sœur

Janvier 1869.

Je suis allée au Mans chercher les enfants. J'ai trouvé ma sœur dans un pitoyable état, à peine si elle pouvait me parler, tant elle avait de l'oppression. Ce sont toujours des bronchites qui se succèdent et qui finiront par la conduire au tombeau. Je vois cela avec la plus grande peine. Je perdrai tout en la perdant, elle m'est bien chère et bien utile à mes enfants. J'ai le cœur tout triste en y pensant. Quand il me faudra retourner à la Visitation lorsqu'elle n'y sera plus, le courage me manquera.

Elle s'est levée pour me recevoir. Elle avait un vésicatoire sur la poitrine et n'a pu me parler que tout bas, aussi je suis partie à deux heures au lieu de trois, pour la laisser se reposer. C'est peut‑être la dernière fois que je l'ai vue, cependant, elle n'est pas mourante; tout l'hiver dernier, elle a été dans cet état et elle s'est remise au mois d'août.

J'ai trouvé les petites filles bien gentilles et bien fortes, surtout Marie qui a encore embelli. Elle a fait beaucoup de progrès, ainsi que Pauline. On est ravi du caractère de celle‑ci qui est charmante et se fait aimer de tout le monde, mais elle est d'une vivacité extraordinaire, ce qui l'a empêchée, depuis bientôt six semaines, d'avoir la décoration appelée «  rosette », et d'être «  Enfant de Jésus », à Noël.

Marie n'a pas un caractère aussi heureux, mais elle fait des efforts, sa tante et ses maîtresses sont contentes d'elle. Hier, ma sœur me disait qu'il fallait lui faire arracher plusieurs grosses dents gâtées et l'a engagée à souffrir sans rien dire pour le repos de l'âme de grand‑papa. Ce matin, à huit heures, je l'ai conduite chez le dentiste, elle m'a demandé si vraiment cela allait soulager « ce pauvre bon‑papa » Sur ma réponse affirmative, elle n'a pas soufflé mot, de sorte que le dentiste me dit n'avoir jamais vu une enfant aussi résolue.

Cependant, il n'a pas voulu extraire ses mauvaises dents de lait qui, d'ailleurs, ne l'ont jamais fait souffrir et m'en a expliqué la raison. Eh bien ! elle me disait en sortant: « C'est dommage, ce pauvre bon ‑ papa n'aurait plus été en Purgatoire. »

A l'arrivée des fillettes, on a ouvert la caisse contenant les jouets; elles étaient toutes quatre autour de la table, et bien joyeuses. Marie et Pauline sont enchantées. Les deux petites seraient très contentes à moins. Je vous remercie mille fois, bien que je sois fâchée que vous fassiez toujours des dépenses trop grandes.

Je vous souhaite, ainsi que mon mari, tout le bonheur qu'on peut désirer sur la terre. Mille baisers à la petite Jeanne à laquelle je pense souvent. J'en ai beaucoup parlé à ma soeur, elle m'a dit : « J’espère la voir l'année prochaine. » Elle paraissait le désirer beaucoup.

Vos lettres sont trop courtes, vous ne me dites pas si vos affaires vont bien et beaucoup d'autres choses qui m'inté­ressent.

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