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De sœur Marie de l'Eucharistie à Mr. Guérin. 20 juillet 1897.

20 Juillet 97

Mon cher petit Père,

C'est à toi que j'écris aujourd'hui parce que j'ai un petit service à te demander. D'abord, je vais commencer par te donner des nouvelles de ta petite Reine. Elle a encore craché le sang ce matin; c'est réglé comme papier à musique, tous les trois jours au matin cela lui arrive. En un quart d'heure elle en crache un très bon verre. Si bien qu'aujourd'hui elle est plus fatiguée. Mr de Cornière sort d'ici ; il n'est pas content de voir que cela continue ainsi, il trouve du ravage de plus en plus dans le pou­mon ; cela monte au sommet et s'étend dans l'épaule. Il [trouve] plusieurs cavités, il dit bien lui-même qu'elle est perdue à moins donc d'un grand miracle, ce qui fait jubiler notre petite malade. Pour le reste, fièvre et autres choses, c'est toujours le même état, les mêmes détails, le lait paraît mieux se digérer, mais ne lui profite guère, car l'amaigrissement augmente de jour en jour. Ah ! maintenant nous sommes résignées et prêtes au sacrifice; le bon Dieu nous a donné assez d'avertissements comme cela. C'est une consolation pour nous de ne pas la voir souffrir davantage et de voir la joie avec laquelle elle part pour le Ciel.

Maintenant il faut que je fasse ma petite demande. Il s'agit de Mr l'Abbé Youf qui lui aussi se dirige vers le ciel à grands pas. Tout le monde nous en parle, il est considérablement changé et méconnaissable ; tous sont unanimes à dire que c'est un cada­vre ambulant. Il nous parle souvent de vous, de la Musse, et nous croyons que cela lui serait très sensible si vous l'invitiez à venir passer quelques jours à la Musse puisque l'air de la cam­pagne lui est ordonné. Il n'accepterait peut-être pas, mais je crois que cette petite attention lui ferait un plaisir extrême. J'ai pensé, mon cher petit Père, que tu ne me refuserais pas cet acte de charité, à un pauvre malade qui est si dévoué à la commu­nauté, car son Carmel pour lui c'est tout. C'est la dernière année que l'on peut lui procurer ce plaisir car l'année prochaine il ne sera certainement plus sur la terre. (...)

Seule­ment, mon cher petit Père, j'ai pensé que tu demanderais aussi Auguste (Acard, le sacristain) pour accompagner Mr l'abbé, pour vous ce sera plus agréable, il est au courant de tout ce qu'il lui faut et vous serez vous-mêmes plus tranquilles avec lui. Mr l'Abbé n'oserait pas le faire, d'abord de crainte de vous déranger, ensuite à cause de la dépense du voyage, alors j'ai pensé que mon petit Père voudrait bien faire ce qu'il a fait tant de fois, dénouer les cordons de sa bourse. Surtout quand tu vas écrire à Mr l'Abbé dis-lui qu'il sera comme chez lui, libre de faire tout ce qu'il veut toute la journée, qu'on le laissera seul autant que possible pour ne pas le fatiguer.

Je te remercie à l'avance, mon cher petit Père, car je suis sûre que tu ne vas pas refuser cela à tes petites filles du Carmel qui vont être fort heureuses de cette invitation. Tu sais que Mr l'Abbé Youf n'est pas dérangeant, vous n'aurez pas besoin d'être constamment avec lui, au contraire.

Je voudrais bien savoir quand Mr le Curé de Navarre rentrera, je voudrais lui écrire; s'il est parti en vacances je me demande souvent s'il n'est pas dans les contrées de Lisieux, mais je ne crois pas qu'il faille me bercer de cet espoir. Merci pour la mousse -j'en veux bien encore. J'aime beaucoup la mousse de la Musse parce qu'elle ne coûte rien.

Pour la fête de N. D. du Mont Carmel, j'avais fait une grande illumination à notre Sainte Vierge du cloître, car on y va en [lr°tv] procession et ce qui me faisait le plus de plaisir c'était d'avoir agi comme une petite pauvre en allant quêter à droite et à gauche des bouts de bougie et des plantes pour l'orner. Elle me semblait mille fois plus belle que d'habitude à cause de cela et je ne me lassais pas de l'admirer. J'avais pris les petites lanternes vénitiennes, à 2 sous je crois, que Maman nous avait données pour l'arbre de Noël, avec les petites bougies allumées dedans c'était charmant... Vous voyez que c'est vous tout de même qui aviez fait les frais, pour le reste j'avais été quêter les bouts de bougies.

Pour les dessus d'autel maman fait bien de nous montrer les échantil­lons avant de les demander. Ma Sr Geneviève la remercie bien de sa belle lettre.
Nous vous envoyons toutes les plus gros baisers qui sortent de nos cœurs pleins d'affection.

Ta petite fille qui t'aime comme elle ne peut le dire,
Marie de l'Eucharistie

Notre Mère me charge de tous ses religieux sentiments.

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