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De sœur Marie de l'Eucharistie à Mr. et Mme Guérin. 15 août 1897

+ Jésus                                 J.M.J.T.                                 15 Août 97

Mon cher petit Père,

et ma chère petite Mère,

  Le petit héros de la fête vient vous remercier de tous vos bons souhaits, et de toutes les gâteries qu'il a reçues et mangées avec grand plaisir. Car il y en avait de toutes sortes et nous avons fait un vrai festin de Sardanapale. Ma petite Jeanne et vous aviez su nous combler; cantaloups magnifiques et excellents, raisin, une boîte de Suprêmes Pernot, 2 bou­teilles de bon vin blanc, vous pouvez juger de notre bonheur... Je vais écrire à ma petite Jeanne pour la [lv°] remercier, je n'oublierai pas le 21(Fête de sainte Jeanne de Chantal, à l'époque). Puis Léonie m'a envoyé deux pots de fleurs, les Tantes Pigeon aussi, ma tante Maudelonde 2 géraniums blancs puis des lettres sont arrivées de tous côtés, je viens d'en recevoir une d'Hélène Houdayer. Vous voyez comme votre petite fille est gâtée, elle n'est pas insensible à tout cela, et ces marques d'affection si nombreuses lui ont été très sensibles. Mais rien n'a valu la lettre de Vichy ! ! Celle-là a fait couler de douces larmes parce que j'ai compris à quel degré j'étais aimée. Le cœur d'un Père et d'une Mère ne connaissent pas les distances, cette pensée ne cesse de me pour­suivre, je la chéris, je la caresse et pendant mon [2r°] heure d'adoration, elle m'a fait éclater en sanglots... Ah! que je vous aime! si vous pouviez le savoir vous en mourriez de bonheur, et moi-même s'il me fallait l'expri­mer dans son intensité je mourrais à la peine. Vous ne pouviez pas savoir combien je vous aimais puisque moi-même je ne le savais pas : il a fallu que pour le bon Dieu je me sépare de vous corporellement, et alors j'ai compris ! ! Et ceci s'est opéré il y a aujourd'hui deux ans - jour pénible à la nature, mais où l'on sentait la grâce du bon Dieu nous porter... tandis que depuis, n'est-il pas vrai, pour vous comme pour moi, il y a eu d'autres moments de séparation [2v°] intime, où l'on sentait encore plus peut-être le sacrifice immense que l'on avait fait et que l'on était obligé de renouve­ler. Tant que nous serons sur la terre, le sacrifice se renouvellera ainsi plus d'une fois, mais au Ciel, c'est alors que notre couronne sera belle et riche de ces diamants.

 Nous avions hier l'Adoration Perpétuelle et vous savez qu'à cause de la fête de l'Assomption, le St Sacrement reste exposé tous les deux jours, si bien que cette nuit nous avons eu adoration, j'ai veillé jusqu'à minuit et aujourd'hui je fais ma retraite du mois, j'ai choisi ce grand jour de pré­férence; et à cause des Offices et de la messe et de mes oraisons je n'ai pas quitté le chœur depuis ce matin 5 heures jusqu'à 10 heures. J'ai bien pensé à vous près du bon Dieu, je le prie tout le temps pour vous, du reste tout ce que je fais vous le faites en union avec moi, quand je récite l'Office je pense que je le dis en mon nom et au vôtre et alors cela me donne plus de ferveur. Oui, vous pouvez dire que vous chantez les louanges du bon Dieu car vous le faites avec votre petite fille. En voyant le petit enfant, Jésus voit les parents. Mais pendant ces longues heures où j'ai été près du bon Dieu, je pensais à Jeanne et à moi aussi qui, étant dans le monde, trou­vions les grand'messes parfois trop longues et disions ne pouvoir rester si longtemps à l'Église. Je ne dis pas que ce [lr°tv] matin je n'aie été empor­tée par le sommeil mais le bon Dieu voit la bonne volonté.

         La petite malade est toujours dans le même état, pas de changement, plus de crachement de sang, mais l'amaigrissement augmente toujours, la fièvre et l'oppression sont toujours la même chose, l'oppression aug­menterait plutôt un peu. Je voudrais bien savoir qu'est-ce que Mr de Cornière a dit à papa de la maladie de petite Reine, cela nous ferait plaisir, Léonie nous en a dit quelque chose mais nous [lv°tv] n'avons pas assez de détails.

           Je vous dis Adieu et vous envoie toute mon affection et mes plus gros baisers. Toutes les petites filles du Carmel en font autant, surtout la petite malade. Notre bonne Mère vous remercie beaucoup de vos bons souhaits et de la lettre de maman qui lui a fait un sensible plaisir.

Votre petite fille
Marie de l'Eucharistie
r.c.i.

Merci, Merci toujours... Les petits verres jaunes et bleus m'ont fait rougir de bonheur, d'autant plus que j'en avais fait le sacrifice. S'ils n'entrent pas dans la petite lampe, j'en ferai des illuminations, j'en fais qqf. pendant Matines aux fêtes de la Ste Vierge.

J'ai écrit à ma tante...

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