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De sœur Marie de l'Eucharistie à Mr. Guérin. 27 août 1897.

27 Août 1897

Mon cher petit Père,

Notre Mère veut que je t'écrive un petit mot affectueux pen­dant tes huit jours de veuvage, pour te distraire un peu, et te rapprocher un moment de tes chers absents. Absents par le corps mais non par le cœur, car ils sont tous près de toi, plus que jamais.

J'ai vu Maman le jour de son arrivée (le 25 août) et elle doit revenir d'ici peu, notre Mère toujours si bonne lui ayant donné toute latitude pour venir me voir pendant ton absence. (...)

Elle nous a raconté toutes les nouvelles de Vichy qui nous ont bien intéressées. Les meilleures de toutes étaient celles de la santé de mon cher petit Père qui, paraît-il, se trouve très bien de son traitement. J'étais bien heureuse de voir Maman, nous sentions la joie renaître en nos cœurs et nous nous voyions moins abandonnées. Ce qui mettra le comble à notre bonheur, ce sera ton retour, mon cher petit Père, oh! alors, je ne me connaîtrai plus de bonheur!... j'ai peur même d'en goûter trop!... Je t'aime tant... oh! qui peut savoir mon degré d'affection pour toi!! il n'y a que le [2r°] bon Dieu... Je ne sais pourquoi, mais jamais de ma vie je ne t'ai tant aimé... je me demande souvent comment cela se fait que j'aie eu le courage de te quitter. Cela marque bien une grâce du bon Dieu toute spéciale pour le moment de la séparation. Il me semble que maintenant je n'en aurais pas la force. Il est bien vrai de dire que lorsque le bon Dieu appelle, rien ne peut lui résister.

Maintenant, mon cher petit Père, tu attends impatiemment des nouvelles de ta petite Reine. Elles sont toujours les mêmes, de plus en plus faible, ne pouvant plus supporter le moindre bruit autour d'elle, même le froissement du papier, ou quelques paroles dites à voix basse. Il y a bien du changement dans son état depuis le jour de l'Assomption. Et même nous en sommes venues à désirer sa délivrance, car elle souffre le martyre. Elle nous disait hier : « Heureusement que je n'ai pas demandé la souffrance, car si je l'avais demandée, je craindrais de ne pas avoir la patience de la supporter, tandis que me venant de la pure volonté du bon Dieu II ne peut me refuser la patience et la grâce nécessaire pour la supporter. » L'oppression la fait toujours beaucoup souffrir mais ce qui lui est le plus pénible c'est la difficulté qu'elle a à rendre les lavements ; elle ne peut les rendre à cause de la grande souffrance qu'elle éprouve ; je crois bien que c'est l'intestin qui sort, aussi elle les garde tous et cela lui rend le ventre très tendu et très dur. Voilà sa plus grande souffrance en ce moment. Elle disait hier : « Je dis au bon Dieu que toutes les prières qui sont faites pour moi ne servent pas à alléger mes souffrances mais qu'elles soient toutes pour les pécheurs... »

Je te dis à bientôt mon cher petit Père, je serai bien contente de te revoir. Ta petite Reine te mange de baisers. Il faut la voir parler de son oncle, on sent tant qu'elle l'aime... Je t'envoie mon plus gros baiser et ceux de toutes tes petites filles.

Ta petite fille chérie Marie de l'Eucharistie r.c.i.

On vient de mettre un suppositoire qui a fait très bon effet, elle dit qu'elle ne souffre plus, cela va-t-il durer?... Jusqu'ici tous ceux que l'on avait mis n'avaient rien fait, ils étaient peut-être trop vieux.

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