Imprimer

De Mme Guérin à Mr. Guérin. 28 août 1897.

         Lisieux, 28 Août 1897

           Mon bien Aimé petit Mari,

         J'accepte bien humblement tes douces petites remontrances que je sais bien mériter. Et pourtant j'ai peut-être quelques circonstances atté­nuantes. A la Gare de Lyon je veux précisément te prévenir que tu auras aussi de la misère, je le crains beaucoup. Si tu savais l'encombrement que c'est, du moins le jour que je suis revenue. On sort par la salle des bagages et on a du mal à se tirer. J'ai lu sur un bureau : Ici on s'adresse pour la Location des voitures et Omnibus de la Cie P.L.M. Là il y a en­combrement et en sortant ainsi que je te l'ai dit on ne trouve aucune voiture libre. La voiture que j'ai pu avoir était une méchante Victoria qui m'a ballottée, faut voir, j'en ai fait des sauts! Si j'avais voulu une voiture fermée il aurait fallu que j'aille plus loin. Le [lv°] Cocher qui me l'a procurée m'a dit : Si vous voulez un petit découvert il y en a pas loin. Il a donc appelé le fameux cocher, et il a paru satisfait de ses 0 f 15! Mais pour tes bagages il te faut une voiture fermée et je crains que tu n'aies du mal. J'ai pensé à cela en arrivant, mais tu feras comme moi, tu te mettras sous la protection de St Joseph. Seulement tu es plus expérimenté que ta pauvre petite femme, heureusement pour toi. Pour un homme surtout ce serait malheureux, une femme souffre déjà beaucoup de cette inexpérience, que serait-ce pour un homme ! Je te promets de faire ce que je pourrai pour en acquérir. Mais mon caractère sera toujours faible et timide. C'est le contre-poids du tien, c'est pour cela que nous nous entendons si bien, que je suis si heureuse avec toi, parce que l'un complète l'autre, et le bon Dieu nous unit et nous bénit ensemble. Aussi continue de bien m'aimer comme je suis, dans la crainte que je ne puisse pas me corriger. Néanmoins tu as raison, ces petites avaries qui sont vraiment légères, me graveront les choses dans l'esprit.

         Thérèse va mieux; et je regrette de t'avoir tourmenté hier à son sujet, et aussi de toutes mes petites histoires. Le Dr de Cornière a écrit et envoyé une ordonnance. Hier, la petite s'est retrouvée mieux à la suite d'un suppositoire qui l'a soulagée pendant 4 heures. Ce matin elle allait mieux aussi.

       [2r°] Je suis bien contente que tu ailles bien. J'étais tourmentée et cependant pas trop; je veux toujours écouter la raison, suivre tes avis. Ces demoiselles Pigeon ont voulu m'avoir à déjeûner ce matin avec Mr et Mme Pottier et Léonie; puis je suis allée voir maman. Elle n'a pas bien dormi, néanmoins elle va toujours mieux. Je lui ai fait tes amitiés, elle t'embrasse bien et s'informe toujours quand tu vas revenir. Je lui dis toujours mardi ou mercredi.

J'écris à M. Lerebours le nom de l'Avoué qu'il sait sans doute mainte­nant et en même temps je lui accuse réception de la Notification Adeline. Je viens de voir M. l'Abbé Baillon ou plutôt je suis allée le trouver pour me confesser. Il s'est informé de toi.

       J'ai peur que ma lettre d'hier ne t'ait fait de la peine; je l'ai regretté, mais tout va bien, et il ne faut pas se tracasser. Jeanne arrive à l'instant. Je suis bien contente de la voir. Francis ne viendra que demain après-midi puisqu'il va à Trouville à la réunion des médecins.

       Léonie arrive du Carmel. L'état est le même. Je réfléchis que c'est sans doute la dernière lettre que je t'écris à Vichy, car d'après ce que tu me dis, lundi tu seras en route pour Paris. Je pense donc écrire maintenant lundi matin avant midi afin que ma lettre t'arrive lundi soir à Paris, Hôtel d'Orléans, rue Richelieu, est-ce bien? Un mot de réponse à ce sujet dans ta lettre demain.

     [2v°] Je t'embrasse de tout mon cœur, mon cher petit mari, comme je t'aime. Jeanne va bien et m'a déjà raconté beaucoup de belles choses de Lourdes. Elle embrasse bien fort son cher papa qu'elle aime de tout son cœur. Léonie aussi embrasse bien son cher oncle.

Ta femme qui te chérit

C. Guérin

Tu me feras savoir, n'est-ce pas, à quelle heure tu reviendras. Quel bonheur!!

Retour à la liste des correspondants