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De Mme Guérin à Mr. Guérin. 30 août 1897.

Lisieux, 30 Août 97

Mon Cher petit Mari,

         Je commence ma lettre en attendant Francis qui est arrivé par le train de 7 heures et est allé tout droit au Carmel. Il n'avait pas pu venir plus tôt. La dépêche lui est arrivée trop tard pour qu'il prenne un train du matin. En l'attendant pour te donner des nouvelles je vais te parler d'autre chose. Bonne maman va bien gentiment. Elle est sortie en voiture. Aimée m'a dit qu'elle a une boîte à thé, mais je lui ai dit que celle-là serait pour la Menthe. En tout cas je réfléchis qu'on pourrait la donner à Mlles Pigeon, et garder le cendrier pour maman en y joignant un tout petit objet de Paris si tu le trouves bon. Il ne faut pas t'en tourmenter; du reste c'est à moi la faute, mais je suis vraiment [lv°] très occupée, et j'ai considéré cela comme secondaire. J'ai tort de te parler de la donner à Mlles Pigeon, peut-être en ont-elles aussi. En tout cas, nous n'en avons pas, nous.

     Excuse le style de ma lettre, il peint bien ma personne, en plus c'est un embroumini, comme dirait Mlle Godard. Je pense que ma première lettre est arrivée à Paris à cinq heures. Tu me rappelles ton itinéraire, mais je te promets qu'il y a longtemps qu'il est bien entré dans ma tête, et que j'aspire ce mardi-là. Je le désire plus que je ne désirais le dernier (Mme Guérin avait quitté Vichy, seule, le mardi 24), je t'assure. J'enverrai une voiture demain soir au train de 10 h 16.

       Je reprends ma lettre pendant que Francis finit de dîner. Il a trouvé que la maladie a fait des progrès depuis 15 jours. Le second poumon qui n'était alors pris qu'à la base est pris à moitié. Il a trouvé Thérèse relative­ment bien, pas de fièvre et moins oppressée que la dernière fois. Elle a toujours ses beaux yeux bleus et a souri quand le Dr a dit qu'elle irait bientôt Là-Haut (Cf. CJ 30.8.3 : « Le docteur La Néele est venu et lui a dit : « C'est pour bientôt, ma petite sœur, j'en suis sûr. » Alors elle l'a regardé avec un sourire de bonheur). Elle est [2r°] bien pâle, mais ses yeux ne sont pas morts.

       Je te quitte, mon bien-aimé petit mari, je désire ton retour vivement; et je t'embrasse avec toute mon affection.
Francis, Léonie t'embrassent bien fort.
Ta femme qui te chérit
C. Guérin

Je t'en prie, ne te fatigue pas, et ne fais pas de commissions plutôt que d'éprouver la moindre fatigue. C'est moi qui t'en prie. Ta santé avant tout.

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