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De Mère Agnès de Jésus à Mr. et Mme Guérin. 16 juillet 1897.

 

16 Juillet 97

L'état de notre chère petite malade est toujours le même, je ne crois pas que le dénoûment soit aussi prochain que nous l'avions d'abord pensé. Cet Ange va rester encore quelques mois près de nous pour nous édifier et nous préparer à son départ.

Elle me disait tantôt avec un air presque inquiet : - « Hélas ! si j'allais guérir?» Je l'ai bien vite rassurée n'ayant pour ma part aucun espoir.

Distrayez-vous le plus possible à la Musse, c'est tout le désir de votre petite fille, et en effet, pourquoi seriez-vous tristes d'un départ qui lui cause tant de joie. Elle envisage la mort comme la plus aimable messagère. C'est même curieux et amu­sant de l'entendre, elle se voit maigrir avec bonheur : - « Que je suis contente, dit-elle en regardant ses mains, que cela me fait plaisir de voir ma destruction » - et encore : - «Ce pauvre monsieur Clodion (elle appelle ainsi Mr. de Cornière à cause de ses longs cheveux) il faut voir comme il retire sa tête de dessus mon épaule; il ne sait plus comment faire, cela le fait sauter tellement il se pique. Il ne trouve que dé chiffes, dé os, dé vieux habits!...»

Une sœur lui disait dernièrement : - Mais vous n'avez pas du tout peur de la mort, la mort c'est pourtant quelque chose d'effrayant. - « Oui, a-t-elle répondu, elle me fait grand peur aussi quand je la vois représentée comme un grand spectre sur les images, mais la mort ce n'est pas cela. Cette idée-là est sotte, elle n'est pas vraie, je n'ai besoin pour la chasser que de me rappeler la réponse de mon catéchisme : la mort, c'est la séparation de l'âme d'avec le corps. - Voilà ce que c'est que la mort, eh ! bien je n'ai pas peur d'une séparation qui me réunira pour toujours au bon Dieu... »

Je lui disais, il y a quelques jours, que son bonheur allait être bien grand de quitter enfin ce monde de misères pour aller jouir des délices éternelles. Voici sa réponse: - «Ah ! ma petite Mère, ce soir j'entendais de loin du côté de la gare une belle musique et je pensais que bientôt j'allais entendre de bien plus suaves harmonies, mais ce sentiment de joie n'a été que passager ; depuis longtemps d'ailleurs je ne sais plus ce que c'est qu'une joie vive et ce m'est impossible de me faire une fête de jouir. Ce n'est pas cela qui m'attire, je ne puis pas penser beaucoup à mon bonheur, je pense seulement à l'Amour que je recevrai et à celui que je pourrai donner..»

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