Imprimer

De Mère Agnès de Jésus à Mr. et Mme Guérin. 5 août 1897.

 

5 Août 1897

Mes chers Parents

Je veux vous dire un petit bonjour avant votre retour à Lisieux. Comme nos lettres vous ont apporté de tourments et de peines ! Enfin c'était la volonté du bon Dieu que cette année votre distraction soit traversée d'inquiétudes. Notre cher petit ange ne va pas pire. Elle ne va pas mieux pourtant, son état redevient stationnaire quoique bien pénible et plus douloureux qu'avant le 28. Mais elle souffre avec une patience, une douceur admirables, elle est toujours semblable à elle-même. Oh ! comme il est bien vrai de dire que la mort est l'écho de la vie. Cette mort notre petite sainte l'attend patiemment, elle n'est point tourmentée d'ardents désirs, elle trouve sa paix tous les jours dans cette parole du psaume qui la ravit : « Seigneur, je trouve ma joie dans tout ce que vous faites... » L'autre jour elle me faisait pitié, elle me regardait d'un petit air si souffrant, je lui dis : « Ah ! vous avez de la peine, ma pauvre petite, de voir que le ciel n'est pas encore pour demain, n'est-ce pas ? » - Elle reprit aussitôt : « Ma petite Mère, vous ne me connaissez donc pas encore ? Tenez, voilà tous mes sentiments exprimés dans ce couplet d'un de mes petits cantiques.... (PN-45) Longtemps encor je veux bien vivre Seigneur si c'est là ton désir. Dans le Ciel je voudrais te suivre Si cela te faisait plaisir... L'Amour ce feu de la patrie Ne cesse de me consumer. Que me fait la mort ou la vie, Jésus, ma joie c'est de t'aimer. »

Votre lettre mon cher Oncle et la vôtre aussi ma chère petite Tante lui ont fait un si sensible plaisir qu'elle voulait abso­lument y répondre; tout de suite encore elle avait bien envie qu'on lui donne son crayon, mais elle est trop fatiguée ! Ce ne serait pas prudent ; le soir elle est oppressée à faire pitié et son côté lui cause de violentes douleurs, la nuit elle a des sueurs si abondantes que son matelas en est traversé. Pauvre petite, comme elle sera heureuse au Ciel, comme elle sera bien reçue ! Hier comme on lui mettait dans la main un épi tout chargé de grains elle me dit humblement, et d'une manière ineffable: « C'est ainsi que le bon Dieu m'a chargée de grâces. » Oui en effet elle est chargée de grâces !...

Au revoir mes chers Parents, le temps me manque pour vous en écrire davantage, je vous embrasse au nom de toutes vos autres petites filles, particulièrement du Benjamin et de notre petite malade.

Benjamin est en train de devenir bien bonne, la maladie de sa petite Maîtresse lui est tout à fait profitable. Il y a tant à admi­rer et à imiter. C'est un souvenir pour toute la vie.

Votre petite fille aînée

Sr Agnès de Jésus r.c.i.

Notre Mère bien-aimée est très-sensible au bon souvenir que vous avez pour elle dans toutes vos lettres et plus encore dans vos coeurs ; elle est d'une bonté extrême pour nous toutes. C'est la première fois aujourd'hui depuis le 28 que notre petite malade ne crache pas le sang.

Retour à la liste des correspondants