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De sœur Marie de l'Eucharistie à Mme Guérin. 14 juillet 1897.

De sœur Marie de l'Eucharistie à Mme Guérin. 14 juillet 1897.

+ Jésus                                                                 J.M.J.T.                                                  
14 juillet 1897                                                                                                 

          Ma chère petite Mère,

   Notre Mère veut que je joigne un petit mot à la lettre de ma Sr Marie du Sacré Cœur... Je suis bien contente que mes lettres vous fassent tant de plaisir... Il est vrai que je ne fais pas la paresseuse et que notre oreiller me lancerait volontiers des regards d'attendrissement et surtout de tentation, mais le bon Dieu me fait la grâce de ne pas m'apercevoir de la privation de mon petit somme (temps libre, de 12 h à 13 h en été; on peut faire la sieste. Marie écrit pendant ce temps-là). D'habitude, lorsque j'y manquais un seul jour, cela avait l'inconvénient de me rendre l'esprit [lv°] maussade toute l'après-midi, comme les petits enfants lorsqu'ils n'ont pas fait leur somme, mais ces jours-ci je ne m'en suis nullement aperçue, je me porte comme un pont neuf et fais la règle dans toute sa rigueur. Il faut me voir devant une énorme assiettée de moulettes pour mon dîner, rien que cela... je les mange de bon appétit, je t'assure, elles valent pour moi un bon poulet rôti, je pense alors à mon grand Frère qui serait à son affaire à ce repas du Mardi au Carmel, il aurait suffisamment, car on est fortement servi à ce repas de 10 heures... Quant au soir, je crois que son estomac crierait vite famine, attendu que ce jour-là on mange [2r°] simplement après la soupe de la salade aux œufs durs... Encore un mets qui vaut le meilleur lapin tué par l'habile chasseur : deux œufs durs dans de la salade!!!... A propos du chasseur, je te prie, ma chère petite Mère, de lui faire mes sincères félicita­tions. Le lapin a été reçu avec bonheur, il sera mangé par celles qui sont au gras et Mr l'Abbé en aura sa part. Et les truites donc! elles feront beau­coup de plaisir, envoyez-les demain, quand même il n'y en aurait que 9, du moment qu'elles ne seront pas par excès petites, car 9 feront bien assez, envoyez-nous les malgré leur petitesse. Merci d'avoir pensé à cela, je n'aurais pas osé le demander mais je serai bien contente de les manger, ce sera encore un doux souvenir de la belle Musse. Pour les siphons, je vais prier ma tante [2v°] Clémence de les décommander de votre part, nous préférons ne plus en avoir jamais, ne nous en donnez plus maintenant, notre Mère a des raisons pour cela que nous vous dirons de vive voix, nous remercions notre petite Léonie de tout notre cœur.

       Notre petite malade est toujours dans le même état, c'est pourquoi je n'ai pas écrit hier, elle a encore craché un peu le sang. Mr de Cornière est toujours très inquiet et ne peut donner beaucoup d'espoir, mais pour le moment il n'y a pas de danger, elle peut aller ainsi des semaines et peut-être même des mois. Si la grande faiblesse n'existait pas, il serait certain de la guérison, car il dit que ses congestions sont bien petites et qu'il en a guéri plus d'une comme cela. Mais le terrain est très mauvais. La congestion a monté dans le haut du poumon... La nuit a été bonne, peu de fièvre, elle ne vomit plus le lait depuis qu'elle prend de la Pancréatine... c'est un bon point... au moins le lait lui profite.

       Je te quitte pour écrire à Tante Clémence, je lui ai demandé de dire à Buffet de cueillir toutes les roses du jardin de papa pour faire de la pavée pour vendredi (pour le 16 juillet, fête de N.D. du Mont-Carmel, et première messe de l'abbé Troude. On portera la communion en procession à Thérèse, à l'infirmerie, selon un cérémonial bien fatigant pour une aussi grande malade), je lui ai demandé aussi les deux tapis de mousse des portes du reposoir. Si elle ne les trouve pas dans la cave, je lui ai dit de ne pas se tourmenter. Nous avons reçu fleurs de Beuvillers (d'une propriété achetée par les Guérin le 29 mai 1896), fleurs [de] la Musse... Merci. Merci...

         J'embrasse bien fort mon cher petit Père, ma [lr°tv] chère petite Mère, les petites Sœurs et le bon et grand Frère. Je n'entends pas plus parler de ma petite Jeanne que si elle n'existait pas, je crois bien qu'elle est probablement dans les profondeurs de la solitude, comme préparation à son pèlerinage (à Lourdes du 19 au 25 août, avec Léonie).

Ta petite fille qui te chérit
Marie de l'Eucharistie
r.c.i.

Je demande à ma Tante Clémence de nous demander 5 siphons que nous garderons pour Notre Mère.

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