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LT 255 - A M. et Mme Guérin - 16 Juillet 1897

J.M.J.T.

16 Juillet 1897

Jésus


Mon cher Oncle et ma chère Tante,

 

Je suis tout heureuse de vous prouver que votre petite Thérèse n'a pas encore quitté l'exil, car je sais que cela vous fera plaisir. Cependant il me semble, mes Parents chéris, que votre joie sera plus grande encore lorsqu'au lieu de lire quelques lignes que je trace d'une main tremblante, vous sentirez mon âme auprès de la vôtre. Ah ! j'en suis certaine, le bon Dieu me permettra de répandre à pleines mains ses grâces, sur vous, sur ma petite soeur Jeanne et son cher Francis, je choisirai pour eux le plus beau chérubin du Ciel et je demanderai au bon Jésus de le donner à Jeanne afin qu'il devienne «un grand pontife et un grand saint». Si je ne suis pas exaucée, il faudra vraiment que ma chère petite soeur n'ait plus le désir d'être mère ici-bas, mais elle pourra se réjouir en pensant qu'au Ciel «le Seigneur lui donnera la joie de se voir Mère de nombreux enfants», comme le St Esprit l'a promis en chantant par la bouche du Roi Prophète les paroles que je viens d'écrire.- Ces enfants seraient les âmes que son sacrifice bien accepté feraient naître à la vie de la grâce, mais j'espère bien obtenir mon Chérubin c'est-à-dire une petite âme qui soit sa copie, car hélas ! pas un chérubin ne voudrait s'exiler même pour recevoir les douces caresses d'une mère !...

Je m'aperçois que dans ma lettre, jamais je ne vais avoir la place de dire tout ce que je voudrais. Je voulais, mes chers parents, vous parler en détail de ma communion de ce matin que vous avez rendue si touchante ou plutôt si triomphante par vos gerbes fleuries. Je laisse ma chère petite soeur M. de l'Eucharistie vous raconter les détails et veux seulement vous dire qu'elle a chanté avant la communion un petit couplet que j'avais composé pour ce matin. Quand Jésus a été dans mon coeur elle a chanté encore ce couplet de «Vivre d'Amour» : Mourir d'Amour c'est un bien doux martyre. Je ne puis vous dire comme sa voix était haute et belle, elle m'avait promis de ne pas pleurer pour me faire plaisir ; mes espérances ont été bien dépassées. Le bon Jésus a dû parfaitement entendre et comprendre ce que j'attends de Lui et c'était justement ce que je voulais !...

Mes soeurs, je le sais, vous ont parlé de ma gaîté ; c'est vrai que je suis comme un pinson excepté quand j'ai la fièvre ; heureusement elle ne vient ordinairement me visiter que le soir, à l'heure où les pinsons sommeillent, la tête cachée sous l'aile. Je ne serais pas si gaie que je le suis si le Bon Dieu ne me montrait que la seule joie sur la terre, c'est d'accomplir sa volonté. Un jour, je me crois à la porte du Ciel à cause de l'air consterné de Mr de Cornière, et le lendemain il s'en va tout joyeux, disant : Vous voilà en voie de guérison... Ce que je juge, moi (petit bébé au lolo), c'est que je ne guérirai pas mais que je pourrais traîner longtemps encore - A Dieu, mes chers Parents, je ne vous dirai qu'au Ciel mon affection, tant que je traînerai, mon crayon ne pourra vous la traduire.

 

Votre petite fille

 

Th. de l'Enfant Jésus
r.c.i.

 
   

 

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