Imprimer

De Mme Martin à son frère Isidore Guérin CF 79 - Mai 1872.

 

Lettre de Mme Martin CF 79

A son frère Isidore Guérin

Mai 1872.

Je voudrais bien savoir ce que tu penses des terribles événements prédits pour cette année, puisque tout tourne en sens contraire de ce que l'on attendait: le Gouvernement est plus assuré que jamais, tout semble aller au mieux, et il n'est pas possible de croire qu'il y aura quelque chose de tragique, à moins d'être prophète. Enfin, je désirerais pourtant savoir un peu à quoi m'en tenir, je fais des sacrifices énormes pour m'assurer la rentrée des fonds de mes mar­chandises, pour fin juin.

J'enverrai encore mardi prochain, un volant [voir ici un morceau fait par Zélie] de trois mille francs à une très bonne Maison, mais je ne puis être payée avant fin juillet. Si je l'exige pour le mois prochain, il faut faire un escompte de 5 %, ce qui donne une perte assez sensible; mais ce qui me déplaît le plus, c'est d'avoir l'air d'être gênée, parce que, si l'on agit ainsi, on passe pour une maison sans crédit; tu comprends, en effet, qu'on ne peut supposer ma crainte d'une révolution.

Cependant, mon mari n'est point rassuré, et j'ai vu, aujourd'hui, qu'il ne serait pas fâché d'avoir un avis de ta part et de savoir ce que tu ferais à notre place. Si donc, tu peux m'écrire un petit mot pour dimanche, tu me feras grand plaisir; si tu peux en écrire un grand, cela fera encore mieux mon affaire.

Louis est parti, mardi matin, à cinq heures, avec six messieurs de la ville, pour un pèlerinage à Chartres; ils sont de retour depuis hier. Ils se sont trouvés à peu près vingt mille aux pieds de la Madone, il paraît que c'était magnifique, mais il n'y avait pas assez de lits pour tout le monde, il fallut coucher sur la paille ou dans l'église. Louis a passé la nuit dans la chapelle souterraine, où il y a eu des messes depuis minuit jusqu'au lendemain midi. Il a dîné avec les prêtres d'Alençon et ceux du Pèlerinage. Il m'a dit que tous semblaient croire que les choses s'arrangeraient à l'amiable, sans têtes cassées, ni maisons brûlées. L'un d'eux a prétendu savoir, de source certaine, que l'Eglise triompherait bientôt. Puisse‑t‑il dire vrai !

Retour à la liste des correspondants