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De sœur Marie-Dosithée Guérin à son frère Isidore - le 2 septembre 1866

De sœur Marie-Dosithée Guérin à son frère.

V. + J.

                                                                                             De notre Mère du Mans

                                                                                             le 2 septembre 66

 

Cher Petit Frère,

Je  ne puis résister plus longtemps au désir que j'ai de t'écrire, quoique j'aurais bien voulu attendre une lettre de ta part avant de le faire. Laisse-moi donc te parler à cœur ouvert cher ami, et te rappeler les promesses que tu m'as si souvent faites; te voilà enfin arrivé au temps de les tenir, si ce n'est pas maintenant, assurément cela ne sera jamais.

Tu vois l'affection que tu as pour ta fiancée et ce que tu fais pour lui être agréable; si cependant elle ne payait toutes tes prévenances que de froideurs et d'ingratitudes, tu en aurais le cœur profondément blessé, et cependant qu'est-ce que tout cela en comparaison de ce que N. S. a fait pour toi, et des bontés sans nombre dont il te comble sans cesse, malgré tes froideurs et tes ingratitudes; car quoique tu *[1v°] aies fait tes Pâques jusqu'à présent, qu'est-ce en comparaison de ce que tu aurais dû faire ! Chaque jour le Seigneur te comble de nouveaux bienfaits, il faut donc les reconnaître en menant une vie vraiment chrétienne; s'il en coûte quelques sacrifices, eh bien tant mieux, le Seigneur les mérite bien, et puis tout coûte, et même pour arriver à cette petite position de Pharma­cien, que de soins, de sollicitudes et d'études n'a‑t-il pas fallu. Si nous en faisions autant pour l'éternité, nous serions de grands saints !

Voilà donc ce que je voudrais : tu vas aller à confesse pour te marier; il faut y apporter toute l'attention requise pour recevoir un Sacrement;                       ensuite je voudrais que tu communierais Samedi fête de la Nativité de la Ste Vierge afin d'attirer les bénédictions du ciel sur ton ménage, car enfin c'est ton entrée dans la vie sociale et sérieuse, jusqu'ici elle n'a pu être telle, mais désormais il faut qu'elle le soit et pour cela il faut t'approcher des Sacrements afin d'obtenir les secours qui te seront si nécessaires, d'autant plus que je crois qu'il te faudra une bonne dose *[2 r°] de patience, ton caractère ne s’alliant pas avec celui de ton beau-père; mais ici-bas Dieu s'y prend de manière à ne nous pas faire trouver de bonheur parfait sur la terre, tu serais trop heureux avec ta femme et ta belle-mère, il faut bien qu'il y ait quelques épines, et mieux vaut que ce soit de ce côté-là que d'un autre.

Je t'en supplie, écoute ces derniers avis que je te donne parce que maintenant je ne t'en donnerai plus guère. Si tu savais la joie que tu me procurerais en faisant cela je ne doute pas que tu n'y mettrais aucun retard; et puisque tu es en train de faire plaisir à tout le monde, n'oublie donc pas ton Dieu et ta pauvre sœur et marraine qui t'aime si tendrement; n'oublie pas non plus notre bonne Mère et que le lendemain de tes noces lui soit consacré en lui faisant dire une messe et y assistant tous les deux.

Quand vous viendrez me voir je désire vous voir séparément afin de vous faire mes petites recommandations.

Je n'ai pas encore fait acheter ton reliquaire je craignais de voir manquer ton mariage j’attends une lettre avant, écris-moi donc et me dis à peu près à quelle époque vous viendrez au Mans parce qu’il faut environ 8 jours pour faire confectionner ce reliquaire et je crains de me trouver en retard.

Adieu cher Petit frère, je  t’embrasse de tout mon cœur

Ta sœur dévouée

Sr Marie Dosithée Guérin

   De la Von  Ste Marie

          D. S. B.

 

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