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De sœur Marie-Dosithée Guérin à son frère Isidore - le 10 juillet 1864

De sœur Marie-Dosithée Guérin à son frère.

 

V + J.

                                                                                               De notre Mère du Mans

                                                                                               le 10 juillet 1864

Cher Frère

Je ne pourrai pas garder ton portrait comme tu le désires, mais j'en ai un qu'il m'est permis de conserver, celui-là est dans le fond de mon cœur et il ne s'effacera jamais, sois-en sûr.

Je voudrais bien qu'Alphonsine (leur cousine germaine, fille de François Macé, qui demeura célibataire) entrât au couvent avec sa sœur; je crois que tu ne te connais pas plus en vocation que moi en médecine, ainsi tu ne peux guère décider si celle de tes deux cousines est surnaturelle; mais dans tous les cas c'est aux supérieurs de le voir, crois bien mon cher  ami, qu'il n'est pas si facile de rester en communauté quand le bon Dieu n'y appelle pas, et une personne à qui Dieu n'a pas fait cette grâce, regarderait à deux fois à s'engager dans un état où on ne peut jamais faire sa volonté et dont toute la vie n'est qu'abnégation*[1v°]. Quoiqu'elles soient malheureuses, il leur est assez facile de se tirer d'avec leur Père, elles sont jeunes et peuvent trouver facilement unes bonne place;  mais serait-il vrai que leur vocation ne serait rien que pour les motifs que tu dis, le bon Dieu peut cependant en faire de bonnes religieuses, elles surnaturaliseront ces motifs, d'ailleurs le noviciat est là qui est une fameuse pierre de touche, qui en fait bien reculer en arrière.  

Je ne trouve pas qu'ils (M. et Mme Martin) aient tort d'acheter du bien pour placer leur argent je ne me fierais guère de le placer sur l'état on risque trop en cas de révolution à se voir ruiner

(en avril 1864 est votée la loi octroyant aux ouvriers le droit de grève. Malgré cette concession dont ils sont redevables en premier lieu à Napoléon III, les ouvriers glissent de plus en plus vers les Républicains. L'opposition orléaniste, de son côté se fait plus exigeante. Une certaine inquiétude s'empare du pays).

Je vais te donner un conseil : quand tu m'écris prends donc ma dernière lettre pour répondre à ce que je te demande, ordinairement je ne reçois pas de réponse, et tu me dis toujours que tu n'as rien à m'écrire, si tu me répondais, tu aurais de quoi; je ne cesse de te demander ton genre de vie pour le spirituel, mais tu gardes un profond silence, c'est peut-être par humilité pour ne pas déclarer les illustrations dont Dieu t’illumine, mais sois sans crainte, je ne !es divulguerai pas et cela m'édifiera car moi je n'en [2r°]  ai pas beaucoup.

J'attends mon cher Père qui me donnera les détails qui m'intéressent tant, sur ta santé et sur tout ce qui te concerne, car tu ne saurais croire avec quelle avidité je les recevrai, en ayant une faim non pareille.

Adieu mon cher Frère, je serai bien heureuse de te voir, le temps va me paraître bien long.

Je t'embrasse de tout mon cœur.

Sr M. Dosithée Guérin

de la Von Ste Marie

        D.S.B.

Ma santé est très bonne. 

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