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De sœur Marie-Dosithée Guérin à son frère Isidore - le 10 Avril 1864

De sœur Marie-Dosithée Guérin à son frère.

 

V + J

                                                                                            De notre Mère du Mans

                                                                                            le 10 Avril 1864

Cher et Bien-Aimé Frère

Je te félicite de ton bonheur (I. Guérin a obtenu, le 1er avril, sa nomination comme interne en pharmacie, et entre à Bicêtre, dans le service de chirurgie), et comme toi, non seulement je crois, mais je tiens pour certain qu'une bonne fée a présidé à ta naissance; notre bonne Mère a eu le soin à la naissance de ses enfants de leur trouver des protecteurs pour les aider à marcher dans le chemin difficile de la vie, elle nous a donnés à la Ste Vierge d'une manière toute spéciale, et nous en avons éprouvé les effets d'une protection marquée, mais surtout toi, j'en connais tant de traits que cela me fait espérer de grandes grâces pour l'avenir, et quoique sur 100 jeunes gens il n'y en ait pas 2 qui réussissent comme toi, je t'assure cependant que ce n'est que le commencement de tes prospérités et que de bien plus grandes t'attendent, mais ne sois pas ingrat envers* [v°] ta bienfaitrice (La Sainte Vierge).

Les détails que tu me donnes me plaisent assez et surtout de savoir que tu fais maigre, ce sera au moins un point de la religion de ta mère que tu conserveras. . .

Tu ne me dis pas un mot des Collègues avec qui tu vis, je pense que c'est peut-être comme la plupart des élèves en médecine à la mode du Jour !

Il y a encore un point qui m'inquiète un peu, si tu es obligé de passer une nuit sur 5 je crains que ta santé ne s'en ressente.

Tu vas avoir devant les yeux de tristes tableaux de la pauvre humanité; la mort aussi avec ses suprêmes horreurs se dressera bien souvent devant toi, fais attention d'en profiter, je te dirai confidemment que rien au monde ne me détache plus de la terre, de ses vanités et plaisirs que la mort; je l'ai vue 2 fois pendant le carême venir nous enlever nos sœurs dans une courte maladie, et je t'assure que personne ne se serait douté qu'elle se serait adressée à celles-là, surtout à une qui était la plus forte de la communauté; mais c'est un avertissement pour nous tenir toujours  prêts,  nous ne savons ni le jour *[2r°] ni l'heure à laquelle le fils de l'homme viendra, car quoiqu'elles eussent reçu tous les sacrements et qu'on ne leur eût pas caché leur position, elles ne le pouvaient croire.

Tu me fais bien plaisir en me disant que tu m'écriras tous les mois, vois-tu tu es l'ami du cœur, mon cher benjamin, ces affections‑là sont à l'abri de toutes les vicissitudes et de tous les changements possibles.

 

Zélie viendra me voir avec sa petite Pauline au mois de mai prochain, elle laissera sa grande, il paraît qu’elle ne veut pas venir : qu’elle reste voilà tout !

Je suis enchantée de l’amitié que Mr Romet te porte, c’est un homme que j’estime beaucoup, il n’y en a malheureusement pas assez comme lui, cultive bien son amitié.

Je me porte bien, je suis heureuse et contente au possible, je ne te désire pas plus de bonheur que j’en ai,  je trouve que tu en aurais assez sur la terre en attendant celui du ciel.

Je me fais une grande fête de te revoir, j’aurais bien des choses à te dire, en attendant je prie pour toi.

Je t’embrasse mon cher petit frère

Sr M. Dosithée Guérin,

De la Von Ste Marie      

      D. S. B. 

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