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De sœur Marie-Dosithée Guérin à son frère Isidore - le 2 Février 64

De sœur Marie-Dosithée Guérin à son frère Isidore.

 

V. +J.

                                                                                       De notre Monastère du Mans

                                                                                       le 2 Février 64

Très Cher Frère

Je m'empresse de t'écrire avant le carême, quoique s'il est nécessaire, je pourrai certainement avec permission le faire avant Pâques. D'abord je suis  certainement bien fâchée que tu n'aies pas assez d'occupation, l’oisiveté est la mère de tous les vices et quoique tu ne sois par la grâce de Dieu nullement vicieux, je voudrais bien cependant que tu sois suffisamment occupé. Je ne sais pas si tous tes projets ont réussi je ne le désire     ni ne le crains parce que je ne sais pas ce qui sera le plus avantageux, je l'ai totalement abandonné à Dieu et quoiqu'il arrive je serai contente, pourvu que tu sois bon garçon, c'est tout ce qu'il me faut, les réussites de ce monde ne me touchent plus guère depuis que je connais leur valeur.

*[1v°] Nous voilà sur le point d'entrer en carême je ne saurais trop te faire mes recommandations d'autant plus que tu n'as pas grand’ chose à faire, tu peux fort bien aller à tous les sermons qui se feront, et même à 2 ou 3 messes par semaine parce que, vois-tu, tu ne vivras pas toujours et il faut bien faire quelque chose pour ce temps-là.

J’ai  reçu aujourd'hui une lettre de Zélie; les succès de ce monde l'étouffent presque, la pauvre fille, elle n'a pas seulement le temps de m'écrire, son commerce va si bien qu'elle n'a pas le loisir de prendre un peu de repos, c'est une vie d'agitation complète et tout en disant qu'elle sent bien qu'elle ne serait pas heureuse à ma place parce qu'elle n'y est pas appelée, elle se tourmente déjà de ne pas voir de marques de vocation dans ses enfants. Il est vrai que j'ai bien des actions de grâces à rendre au bon Dieu, je suis certainement bien la plus heureuse de la famille à moins       que tu ne sois appelé à être Missionnaire, mais à cela tu n'y penses pas.

 

Zélie me dit de te dire  qu'il est inutile que tu aille voir le Capitaine de Lacauve (Henry de Lacauve (1826‑1889), cousin germain de M. Martin. Leurs mères, Sophie de Lacauve et Fanie Martin, étaient sœurs, nées Boureau. Dans les actes de service du capitaine de Lacauve, on relève une campagne en Afrique, de mai 1864 à avril 1868) il n'est plus à Paris.

*[2 r°] Tu me demandes ce que je désire, d'en faire un choix et de te le dire, hélas quand je te le dirais tu ne me le donnerais pas, ainsi c'est inutile, seulement je le dis au bon Dieu et je le lui dirai tant qu'enfin pour se débarrasser de moi il me le donnera, j’en suis bien sûre.

Ecris-moi et me dis bien des choses parce que cela m'intéresse beaucoup, je t'aime tant !

Ma santé est toujours très bonne et je ne suis pas comme toi, je n ‘ai pas le temps de flâner, et quoique je ne fasse rien de fatigant, je n'ai pas un instant à perdre. Je dis tous les jours pour toi un Souvenez-vous à Saint Joseph. C'est absolument comme le Souvenez-vous à la Ste Vierge, au lieu de Marie on dit St Joseph, je voudrais bien que tu le dises aussi, j ‘ai une très grande confiance en ce Saint, il me semble que c'est un bon Père de famille qui ne peut rien refuser, je lui suis redevable de bien des grâces signalées, je suis sûre qu'il t'obtiendra bien des grâces spirituelles et temporelles.

Je finis là, j'ai toujours peur de t'ennuyer, tu n'es pas habitué à entendre parler de la sorte, cela doit te paraître étrange.

Adieu mon cher petit frère,

Je t'embrasse mille et mille fois

Sr M. Dosithée Guérin

de la Von Ste Marie

        D. S. B. 

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