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De sœur Marie-Dosithée Guérin à son frère Isidore - le 19 avril 1863

De sœur Marie-Dosithée Guérin à son frère Isidore.

V + J.

                                                                                          De notre Monastère du Mans

                                                                                             le 19 avril 1863 

   

Très Cher Frère

J'ai reçu ta lettre avec bien du bonheur car je commençais à être inquiète de ton long silence; enfin je suis contente tu m'as écrit et, ce qu'il y a de mieux, jamais lettre ne m'a fait autant de plaisir que celle‑là, je trouve que tu as fait beaucoup de progrès, que tu n'as pas perdu les principes religieux qui t'ont été enseignés, en un mot que tu es un bon garçon, aussi vois‑tu, je jugeais bien de toi, car Zélie me manifestant ses craintes à ton égard que tu ne vinsses à oublier tes devoirs religieux, le la rassurais toujours en lui disant que j'avais la conviction que tu ferais quelque chose de bon; surtout ne me fais pas mentir.

Tu m'apprends que mon Père a été malade, je n'en savais rien mais je ne partage*[1v°] pas ton opinion au sujet de M. Damoiseau je le trouve très bon médecin et après Dieu c'est bien à lui à qui je suis redevable de ma guérison.

Je serai bien contente de te voir dans 4 mois, je trouve que c’est un peu long mais enfin si le bon Dieu nous conserve la vie cela passera tout de même.

Je te remercie au sujet des sermons du Père Félix (3. Conférences données à N. D. de Paris), nous les avons ici, je suis heureuse qu'ils t'aient fait tant de plaisir je pense aussi que tu es fidèle à mes recommandations je voudrais bien que tu ailles à Notre-Dame des Victoires J'en aurais bien besoin, et toi aussi je pense; recommande‑lui bien Zélie afin que le bon Dieu la conserve à ses enfants.

Tu ne me parles pas de ta santé, j’en ai été inquiète; as‑tu eu la grippe? presque tout le monde l'a eue ici, j'y ai passé comme les autres mais je m'en suis bien tirée, en somme je me suis très bien portée tout l'hiver, mais voilà l'été et j'ai toujours beaucoup de peine *[2 r°] à supporter la chaleur, je crois que cela n'ira pas aussi bien que l'hiver; du reste je ne perds pas beaucoup la mort de vue elle a soin de m'envoyer souvent des avertissements, enfin ce qu'il y a de certain c'est qu'elle se ruine en menaces car depuis 7 ans qu'elle gronde autour de moi, elle ne frappe pas cependant, elle n'en a pas encore reçu l'ordre, j'attends toujours. . .

Je n'ai pas beaucoup de nouvelles à t'apprendre renfermée au fond de mon bien-aimé cloître, je ne sais guère ce qui se passe dans le monde.

Je voudrais que tu fusses à même de voir les exemples de vertus qu'une de nos sœurs nous a donnés ces jours derniers à l'occasion de la mort de sa fille, religieuse aussi dans notre monastère, tout ce que je puis t'en dire, c'est que je ne me serais pas doutée qu'on pût arriver jusqu'à un pareil héroïsme, je suis persuadée qu'une sainte descendue du ciel n'aurait pas mieux fait; je t'en parlerai plus en détail quand tu viendras me voir, si j’y pense.

Ta Sœur affectionnée

Sr M. Dosithée Guérin

De la Von Ste Marie

    D. S B. 

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