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De sœur Marie-Dosithée Guérin à son frère Isidore - le 27 décembre 1862

De sœur Marie-Dosithée Guérin à son frère Isidore.

 

V + J.

                                                                                          De notre Mère du Mans

                                                                                            le 27 décembre 1862

 

Cher Frère

 

Que je suis heureuse de pouvoir t'écrire parce que je crois que cela te fait du bien et te console, il me semble que tu as bien besoin de consolations étant aussi éloigné de ta famille et menant un genre de vie si nouveau, toi qui jusqu'ici étais entouré des soins et de la sollicitude de tes parents, tu vas te trouver bien seul au milieu de cette Babylone moderne; il est vrai que j'y suis souvent en esprit, car tu ne me sors guère de la pensée : je crains, j’espère, je prie,  et j’attends le dénouement de tout cela, car je ne sais où cela aboutira (Isidore est inscrit de puis la mi-décembre à l'Ecole de Pharmacie de Paris), enfin j'ai bien confiance que la Ste Vierge te protègera; tu lui appartiens, donc il faut vivre de manière à mériter sa protection. Il. est vrai que tu es au milieu de la corruption et de l'impiété mais rappelle‑toi toujours les instructions de ta sainte Mère, de sa foi et de ses *[1v°] vertus, je suis bien sûre qu'elle prie bien pour son cher enfant. je me rappelle avec bonheur que peu de temps avant sa mort (Mme Louise Guérin, née le 11‑7‑1804, à Pré‑en‑Pail (Orne), était décédée le 9 septembre 1859, rue Saint‑Blaise à Alençon) je lui écri­vais qu'il était impossible qu'un enfant de tant de prières périsse, elle fut toute consolée et remplie de confiance; je lui ai aussi toujours entendu dire qu'elle ne te laisserait pas aller seul à Paris pour finir tes études et qu'elle t'accompagnerait; je pense qu'elle tient à sa parole et qu'elle te protègera, te guidera et priera toujours pour toi, je te conseille bien d'avoir recours à elle dans tes besoins, je suis sûre qu'elle t'aidera.

Je te souhaite une bonne année, je crois que tu n'en doutes pas. Nous ne pouvons savoir ce qui nous arrivera pendant le cours de cette année, enfin il ne nous arrivera que ce que le bon Dieu voudra, ce que je désire c'est qu'il te bénisse et qu'il te rende heureux dans ce monde et dans l'autre, enfin heureux comme moi, c'est tout dire.

Je ne sais pas si tu as reçu des nouvelles de Zélie, cette pauvre sœur n'est pas très bien *[2 r°] portante; va donc la recommander à N. D. des Victoires, prie‑la de lui donner la santé pour ses étrennes. Ta petite filleule (Pauline) va bien maintenant elle se porte mieux, quand tu la verras elle sera toute grande et raisonnable. Zélie dit qu'elle est charmante, qu'elle ressemble au petit Jésus. Hélas mon cher enfant je me représente souvent ton enfance, tu étais si joli et si innocent que je t'aimerais mieux petit que grand.

Tu ne m'oublieras pas auprès de mon oncle (Ambroise Guérin, chez lequel est adressée cette lettre, « au petit Ivry près Paris ». M. Isidore Guérin père avait six frères et sœurs. Ambroise était le 6e des 7 enfants. Il avait épousé Julienne Savary (+ 21-3‑1878) et devait mourir sans enfants le 4 avril 1880) et de ma tante je les remercie de toutes les bontés qu'ils ont pour toi.

Adieu mon bien cher frère je t'embrasse de tout mon cœur et te souhaite toutes les bénédictions du ciel, écris‑moi et me marque tous les plus petits détails de ta vie, si tu savais combien ils m'intéressent; surtout ne te laisse pas aller à suivre tous les mauvais exemples qui t'environnent de toutes parts.

Je t'embrasse, ta Sœur affectionnée

Sr M. Dosithée Guérin

de la Von Ste Marie

         D. S. B. 

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