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De sœur Marie‑Dosithée Guérin à M. et Mme Guérin - 9 août 1870.

De sœur Marie‑Dosithée Guérin à M. et Mme Guérin. 9 août  1870.

V. + J.

                                                                                          De notre Mère du Mans

                                                                                           le 9 Août 1870

 

Mon cher Frère et ma chère Sœur,

J'ai reçu hier soir la lettre d'Isidore, qui m'apprend votre petite indisposition, et dès ce matin j'ai fait la sainte communion pour vous afin que N. S. vous donne force et courage pour supporter une position aussi pénible: enfin heureusement que ce sera bientôt fini  (Mme Guérin arrive au terme de sa grossesse), j’en appelle le terme de tous mes vœux

Chère Sœur comme je voudrais être près de vous pour vous soigner et vous soulager de tout mon petit pouvoir; mais soyez bien sûre que quoique je n'y sois pas de corps, j'y suis bien en esprit et que j'adresse des prières incessantes pour votre prompte délivrance; j'espère que le bon [1v°] Dieu va nous exaucer et après une longue épreuve de neuf mois il va nous donner la consolation. Toute la communauté prie pour vous chère sœur, et même on m'a engagée à vous offrir de l'eau de Ne‑De de Lourdes. Je ne vous l'ai pas envoyée parce que j'ai pensé que peut-être il y en avait à Lisieux, mais si vous en désirez dites-le moi et nous vous l'enverrons immédiatement, cette eau fait des prodiges.

Je ne sais si vous avez reçu des nouvelles d'Alençon : les deux petites filles sont en vacances, elles se proposent d'être bien sages; Marie surtout veut faire des efforts pour pratiquer la vertu afin que son oncle ne parte pas pour la guerre, elles ont beaucoup de cœur et aiment extrêmement tout leur monde; j'espère que ces enfants seront bien bonnes. Marie a eu des succès 9 prix et un accessit. Pauline un 2e prix d'écriture et 2 accessit : la pauvre petite pleurait elle craignait d'être grondée, mais je lui ai remis la joie au cœur en lui disant que j'avais écrit à sa mère que j'étais très contente de ma petite Pauline.

[2r°] je suis en l'attente des consolations puisque la mesure de la tribulation doit être la mesure de la consolation ; mais il est certain que depuis que je suis née, je n'avais jamais vu autant de fléaux; tout le monde est atteint personne ne peut s'y soustraire le riche et le pauvre y participent également, c'est que nous sommes grandement redevables à la justice divine; mais enfin le Seigneur s'apaisera et nous aurons encore des jours heureux après cette purification. je suis pourtant toujours en alarme à cause de mon ignorance; je crains que mon frère ne parte, dites-le moi donc quand vous m'écrirez parce que je ne connais pas grand’ chose aux affaires de ce monde, il est vrai que s'il partait, il n'irait pas au combat mais enfin ce serait toujours pénible.

Ainsi ma bien-aimée petite sœur pour conclusion je vous recommande de vous bien ménager et d'avoir bonne espérance, vous touchez à votre délivrance et puis je vais si bien prier pour vous, que le bon Dieu n'aura pas le courage de me refuser; voyez-vous moi je vais à lui tout comme je le ferais à mon Père, même avec beaucoup plus de confiance et d'abandon. Mettez. - moi bien au courant de votre santé par quelques lignes seulement, c'est bien entendu Isidore que j'en charge et surtout qu'il ne se tourmente et ne s'agite pas car c'est de famille, on voit tout [2 v°] de suite les affaires au pis, c'est un défaut. Je voudrais bien mon pauvre frère que tu ne t'acca­blerais pas de travail, ce serait une autre affaire si tu allais tomber malade ainsi prends donc pendant 2 ou 3 mois un teneur de livres.

Au revoir mon cher frère et ma chère sœur, tenez vos âmes en paix et joie.
Votre sœur toute dévouée et affectionnée.
Sr M. Dosithée Guérin
De la Von Ste Marie.
          D. S. B. 

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