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De sœur Marie‑Dosithée Guérin à M. et Mme Guérin - 2‑7 février 1869.

De sœur Marie‑Dosithée Guérin à M. et Mme Guérin. 2‑7 fév. 1869.

 

Mon cher Frère et ma chère sœur,

Je viens vous confirmer l'amélioration de ma santé, le froid ne m'a fait aucun mal, je ne sortais pas d'une chambre chaude on m'y apportait même à manger et on ne m'a permis de descendre au chœur pour la messe que dimanche dernier; auparavant j'allais à la tribune à quelques pas de la chambre que j’habitais et notre bonne Mère dit qu'elle ne me laissera pas de sitôt circuler dans les cloîtres.

J'ai une bonne nouvelle à vous apprendre. Marie et Pauline sont reçues enfant de Jésus, ces pauvres petites filles étaient touchantes; Marie me disait : je prie tant le petit Jésus que je crois qu'il m’exaucera, sa confiance était si grande que je [1v°] pensais qu'elle serait exaucée il y avait cependant beaucoup à faire; ce n'est pas la perfection, mais elle a si bonne volonté qu'elle arrivera à faire quelque chose de bon; pour Pauline, c'est un vrai petit lutin qui s'en donne à cœur joie, elle désirait aussi beaucoup être enfant de Jésus, hier elle rencontre la première Maîtresse et lui dit : « Ma sœur c’est demain la Purification. ? Oui Pauline, lui répond‑elle et qu'est-ce qu'il y a ? Ma sœur dit la petite fille je voudrais bien être « enfant de Jésus »… ‑ Pauline, vous l'avez bien mérité, n'est-ce pas? L'enfant baissa la tête et ne dit mot, mais elle ne se déconcerte pas si facilement; le lendemain elle retrouve la même Maî­tresse et lui dit Ma sœur c'est aujourd'hui la Purification, j'ai prié le petit Jésus qu'il vous y fasse penser; enfin notre bonne Mère ayant su toutes ces circonstances voulut favoriser leur foi et leur confiance et décida qu'on les recevrait.

Que toutes les nouvelles que vous me donnez de ma chère petite nièce me font donc plaisir que je serai heureuse de vous voir avec elle; comme je l'aime déjà cette chère petite; elle n'est pas si [2r°] avancée que son Père il marchait avant dix mois, mais c'est peut-être parce qu'elle est plus forte car lui était tout petit.

Dimanche 8  (En réalité dimanche 7) ‑ Encore une grande nouvelle, les petites sont en vacances   (depuis le jeudi 4), à cause d'une enfant gravement malade  (Henriette de Mailly); quelques parents ayant  manifesté quelques craintes, quoique les médecins assurassent qu’il n’y avait aucun danger, la malade n'habitant pas le même corps de bâtiment que le pensionnat, enfin pour les rassurer on a avancé les vacances de Pâques  (En 1869, Pâques tombe le 28 mars), et si l'enfant eut été d'une naissance plus obscure personne n'y aurait fait attention, mais une marquise fait grand bruit et tout le monde s'en occupe dans la ville; l'année dernière nous avions une petite fille malade de la même maladie, personne n'a dit mot. Quoiqu'il arrive, soit la guérison ou la mort, voilà toujours une 15e de jours qui font grand plaisir aux deux petites filles, surtout au temps du carnaval et de la foire, et  je pense aussi qu'il est plus commode pour Zélie de les avoir maintenant qu'à Pâques (En raison de la naissance attendue fin avril).

Je vous remercie chère sœur, je suis bien persuadée que mon frère et vous avez bien [2v°] du plaisir à m'envoyer tout ce que vous croyez pouvoir m'être agréable, aussi j'en suis bien reconnaissante et il me semble que tout ce qui vient de votre part me fait plus de bien que tous les autres remèdes mais maintenant je n'en ai vraiment pas besoin, et puis j'ai expérimenté que toutes les boissons et autres petites choses ne pouvaient pas guérir.

Ma sœur l'Assistante envoie 10 frs pour avoir des remèdes pour ses missionnaires dont 5 frs pour sulfate de Quinine, quelques petites bouteilles (de benjoin) pour les maux de dents  et d'autres médicaments non liquides, qui conviennent aux régions du Pôle Nord, pour les autres 5 frs, tu sauras bien ce qu'il faut.

Chère (sic) frère et chère sœur, je vous embrasse de tout mon cœur ainsi que ma chère petite nièce; maintenant en voilà pour près de 2 mois sans vous écrire (à cause du Carême, qui commence le 10 février) à moins de quelque chose d'extraordinaire.

Votre sœur affectionnée

Sr M. Dosithée Guérin

De la Von Ste Marie

         D. S. B. 

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