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De Sœur Marie‑Dosithée Guérin à M. et Mme Guérin - 30 décembre 1868.

De Sœur Marie‑Dosithée Guérin à M. et Mme Guérin.

30 décembre 1868.

 

V. + J.

                                                                                          De notre Mère du Mans

(2r°] je ne veux pas laisser passer ces belles fêtes de Noël sans vous dire un petit mot : d'abord pour vous remercier des 4 flacons que vous m'avez envoyés, ils ont fait des merveilles, les mains de Sr Marie Joséphine sont guéries,  si tu pouvais nous indiquer des remèdes aussi efficaces que celui-ci pour toutes les maladies, tu nous rendrais un immense service nous n'aurions pas autant de malades et ne perdrions pas tant de sœurs.

J'attends bientôt de vos nouvelles, j'espère qu'elles seront bonnes. Marie et Pauline auraient bien voulu vous voir ainsi que leur petite cousine mais j'espère que d'ici à quelques mois nous vous verrons tous. Zélie doit venir mercredi (le 6 janvier; en fait, Mme Martin va venir le  31 décembre) chercher ses enfants, pauvre sœur je l'attends avec impatience, elle est bien à l'école de la croix; sa petite Hélène a eu la rougeole : c'est une petite maladie qui n'est rien en elle-même mais elle a provoqué des accidents si graves que je crains pour l'enfant; un vomissement de sang considérable n'est pas une chose de peu d'importance surtout à cet âge‑là; j’espère que vous aurez plus de bonheur avec vos enfants qu'elle n'en a avec les siens.

[2 v°] Marie et Pauline se sont fait une grande fête de vous écrire, il a fallu que je leur donne du papier doré, elles le trouvaient indispensable; je n'ai pas corrigé leurs fautes afin que vous puissiez juger de ce qu'elles savent. Marie ne fait presque plus de fautes d'orthographe depuis que je lui ai expliqué certaines règles, je les expliquerai aussi à Pauline mais il est encore trop tôt, elle n'y comprendrait rien, mais je trouve qu'elle a naturellement beaucoup plus de style que Marie; elle est si naïve cette petite qu'elle ravit tout le monde; elle aurait bien voulu être enfant de Jésus à Noël, mais il n'y a pas eu moyen; voilà, 5 semaines qu'elle n'a eu la rosette, elle est trop vive et remuante, si par malheur la maîtresse la laisse un moment sans ouvrage, elle n'y tient plus la voilà partie; elle fait comme son cher Parrain (M. Guérin) qui les jours de sortie allait faire l'inventaire de toute la maison ouvrant tous les tiroirs et les placards, furetant et bouleversant tout, débouchant les bouteilles; je ne sais si tu te rappelles, un jour que tu avais débouché une bouteille d'alcali l'odeur si forte te fit une telle impression que te précipitant avec un air tout effaré vers nous, tu t'écrias : c'est fini je suis mort !  mais hélas pourquoi mes souvenirs se reportent-ils vers le passé, que de vides se sont faits 1 Le Père et la Mère chéris qui ne vivaient que pour nous sont dans leur éternité et nous-mêmes nous y courons à grands pas ! En attendant cher frère et chère sœur, tâchons d'employer le temps le mieux que nous pourrons afin de ne pas avoir de regrets inutiles à notre dernière heure et pour cela je désire que la nouvelle année qui va commencer et qui pourrait bien être la dernière soit bonne et très bonne non selon les maximes du monde mais selon Dieu et pour cela je ne laisserai pas passer un jour sans vous recommander à N. S.

[2v° tv] Ma santé est bonne sauf un rhume, mais ce n'est rien (Sœur Marie‑Dosithée est affectée d'une forme de tuberculose à évolution lente). Je vous embrasse de tout mon cœur, je voudrais bien donner des étrennes à ma chère petite Jeanne et comme cela ne m'est pas possible, je prierai N. S. d'y suppléer.

 

Votre Sr affectionnée

Sr M. Dosithée Guérin

de la Von Ste Marie

       D. S. B. 

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