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De sœur Marie‑Dosithée Guérin à M. et Mme Guérin - le 25 octobre 1868

De sœur Marie‑Dosithée Guérin à M. et Mme Guérin.

Source : autographe fd 20,8 x 13,3 cm.

 

V. + J.

                                                                                                  De notre Mère du Mans

                                                                                                le 25 octobre 1868

 

Mon cher Frère et Ma chère sœur,

 

Votre lettre m'a fait bien plaisir, j'étais inquiète de la santé d'Isidore ; je l'avais vu si souffrant lors de son dernier voyage au Mans; mais maintenant je suis complètement rassurée, il n'en est pas ainsi au sujet de cette pauvre Zélie, elle ne se console pas facilement de toutes les pertes qu'elle a faites cette année , elle se trouve dans une solitude navrante; quand elle monte dans la chambre de mon pauvre Père et qu'elle n'entend plus qu'un silence de mort  (M. Guérin père est décédé le 3 septembre 1868), elle se rappelle alors les veillées d'autrefois, animées par les jeux de tous ses petits enfants, le bon grand-père était là auprès d'un bon feu, faisant griller des marrons et prenant part aux jeux de la petite famille, maintenant plus rien; le bon vieillard est mort et les enfants sont partis.

Je crains bien à la fin que sa santé ne se ressente de tant de secousses, cependant ce qui me rassure un peu [lv°] c’est son  esprit de foi et son courage vraiment incroyable et prodigieux, quelle femme forte ! l'adversité ne l'abat pas, la prospérité ne l'élève pas.

Je suis très contente d’avoir mes chères petites nièces avec moi, j'espère bien en faire quelque chose de bon, Marie a des difficultés avec son caractère, mais ce n'est rien, cela passera, elle étudie bien et a bonne volonté. Quant à Pauline c'est une charmante petite fille qui plaît à tout le monde, jusqu'ici elle a assez bien étudié, mais je ne sais pas trop si cela continuera enfin j'y ferai mon possible; elles m'aiment beaucoup et craignent de me faire de la peine c'est une punition terrible pour elles lorsque je refuse de les embrasser aussi je ne l’emploierai que dans les grandes occasions. Elles ont eu la rosette la semaine dernière et je crois qu'elles vont l'avoir encore cette semaine : c'est une décoration qu'on accorde à celles qui n'ont pas eu de marque (de mauvais point) dans la semaine. Elles sont assez avancées pour leur âge.

Parlons donc un peu de notre chère petite Jeanne (née le 24 février): tous les détails que vous me donnez sur cette chère enfant me font tant de plaisir je serai bien heureuse quand il me sera donné de la voir avec sa bonne [2r°] petite mère que j'aime tant ; je vous assure ma chère sœur que je partage bien vote bonheur et que j'en remercie bien le Seigneur de vous avoir donné ce beau petit ange que vous ne désirez élever que pour sa gloire et son service, J'espère bien que vous serez exaucée et que cette chère enfant sera vertueuse et sainte. Quant à ce que vous me dites ma bien aimée sœur que vous avez mon chapelet, j'en suis bien contente je pense qu’à chaque fois que vous le direz vous ne m’oublierez pas dans vos ferventes prières; je vous assure que j'en ai grand besoin parce que ce n'est pas l'habit qui rend religieuse mais la pratique des vertus.

Je vous remercie, chère petite sœur de toute la peine que je vous ai donnée pour me trouver du crin; je ne fais plus de fleurs maintenant, et je ne sais pas si j’en ferai désormais ainsi ne m'envoyez rien, il vaut mieux que je vous en demande si J'en ai besoin dans la suite.

 Je crois que vous n'avez pas reçu tous les numéros de l'année jusqu'au mois d’octobre de N. D. du Sacré-Cœur; lorsque ma Sr Marie Dominique a envoyé à Issoudun votre adresse, elle demandait qu'on vous envoyât tous les numéros de l'année, et au lieu de cela [2 v°] c'est elle qui les a reçus, elle compte les mettre à la Poste et vous les adresser, mais pour plus de sûreté, je lui ai dit de ne vous les envoyer que dimanche prochain, alors si vous les avez déjà, tous les 9 numéros, ce que je ne crois pas, je recevrai une lettre de vous avant le 1er 9bre  et si vous ne les avez pas, je ne recevrai rien et dans ce cas on vous les mettra à la Poste.

 

Puisque tu as la bonté cher frère de m'offrir du benjoin (benjoin dentaire) J'accepte avec reconnaissance.

Marie croit que tu veux lui donner un paroissien pour ses étrennes et elle voudrait bien n'en pas avoir, elle a raison, il sera assez tôt à sa première communion et en attendant, s’il te plaît de lui donner quelque chose elle aurait besoin d'une paire de ciseaux.

 

Il faut pourtant que je finisse le temps me manque pour continuer plus longtemps. Je me porte très bien à présent J'ai peur de vivre trop longtemps, on m'a fait prendre une espèce de drogue qui m'a fait un bien extraordinaire,

Cher frère et chère sœur, je vous embrasse de tout mon cœur ainsi que ma chère petite nièce.

 

Votre sœur dévouée

Sr Marie Dosithée Guérin

de la Von Ste Marie

        D. S. B. 

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