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De sœur Marie‑Dosithée Guérin à son frère - le 25 décembre 1867

De sœur Marie‑Dosithée Guérin à son frère.

  

V. +  J

                                                                                           De notre Mère du Mans

                                                                                           le 25 Xbre 1867

 

Cher Frère

Je réponds un peu tardivement à ta lettre, mais tu m'excuseras quand tu sauras qu'il était trop tard lorsque tu m'as écrit et que j'étais malade, j'ai eu une petite bronchite qui m'a retenue longtemps à l'infirmerie, mais maintenant je vais bien, et je suis entourée de tant de soins que je ne ressens pas les rigueurs de la saison et aujourd'hui Jour de Noël je n'ai pas été à la messe de minuit.

Je prends bien part à ta joie et à ton bonheur, je désire que tes vœux soient exaucés et que le bon Dieu te donne une fille comme il a donné un fils à cette pauvre Zélie, j'en suis bien contente puisqu'elle le désirait tant mais je crains bien que si cela continue elle y succombe, elle a été très malade et l'enfant a dû être baptisé avant que d'être né,  enfin j'espère que le bon Dieu le lui conservera. Tu ne saurais [croire] cher ami le plaisir que tu m'as fait en me disant que ton enfant porterait le nom de Marie pour la mettre sous la protection de la Ste Vierge; j’avais si grand peur que tu ne suives pas en cela l'exemple de ta mère et de ta sœur, mais enfin Dieu soit béni, tu n'as pas dégénéré des sentiments dans lesquels tu as été élevé.

Permets-moi cher ami de te faire une question qui ne te paraîtra pas indiscrète si tu considères l'affection  que je te porte : tu te plains toujours des difficultés qui se rencontrent, surtout au début d'une carrière, moi je m'étais figuré que ta Pharmacie était en bon train et que cela devait aller tout seul, ne serait-ce pas le contraire et serais-tu dans la gêne? Cher ami dis-le moi bien simplement et dans quels termes tu es avec ton beau-père ?

Vous avez dû recevoir le petit livre que je vous ai envoyé, je désire qu'il fasse plaisir à ma chère petite belle-sœur; mais tu me fâches presque en me disant que tu veux me le [2r°] payer, et que veux-u donc que je fasse d'argent; je t'assure que je ne m'en servirais pas; néanmoins si tu veux faire dire une messe pour ma mère, cela me fera bien plaisir, car quoiqu'on dise que les morts s'oublient vite, il n'en est pas ainsi pour moi, au contraire, plus je vais et plus j'y pense; aussi je te sais bon gré de vouloir donner son nom à ta fille.

Cher petit frère il est inutile de te dire tous les vœux et souhaits que je fais pour ton bonheur en ce monde et surtout dans l'autre; tu es bien convaincu de leur sincérité et de quelle manière je t'affectionne, tu me connais trop bien pour en douter, cependant si le bon Dieu exauce mes prières comme je l'espère, certainement tous tes vœux seront accomplis et surtout les miens.

Adieu donc cher ami.

Je t'embrasse de tout mon cœur.

Ta Sœur affectionnée

Sr Marie Dosithée Guérin

 De la Von Ste Marie

           D. S. B.

 

 

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