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De Sœur Marie‑Dosithée Guérin à M. Guérin - le 8 janvier 1869

De Sœur Marie‑Dosithée Guérin à M. Guérin.

Source : autographe fd 20,5 x 13,1 cm.

 

V. + J.

                                                                                     De notre Mère du Mans

                                                                                     le 8 janvier 1869

 

Cher Frère

J'ai bien reçu votre dernière lettre dans laquelle tu m'annonçais deux bouteilles de sirop que nous n'avons pas reçues, peut-être se sont-elles trouvées égarées au chemin de fer.

Je vous remercie bien de tous les vœux que vous formez pour mon bonheur je vous assure qu'ils sont pleinement réalisés car je suis aussi heureuse qu'il est possible de l'être ici-bas.

Vous me faites des reproches de ce que je ne vous ai pas dit que j'étais malade mais lorsque j'ai écrit sur la lettre des petites filles.

Je n'étais pas si malade que lorsque Zélie m'a vue; maintenant je vais vous donner des nouvelles exactes de ma santé le médecin est venu ce matin. Il  me trouve mieux la respiration est meilleure, il m'a fait mettre dimanche dernier un vésicatoire derrière l'épaule qu'on entretiendra pendant quelque temps (ce procédé consistait à provoquer une sécrétion séreuse à la surface de l'épiderme. On évacuait le liquide en perçant les ampoules qui en résultaient. On appliquera ainsi de nombreux vésicatoires à Thérèse pendant la dernière phase de sa tuberculose); la [1 v°] transpiration est moins abondante et la toux n'est pas fréquente. Si tu savais toutes les bontés qu'on a pour moi,  j’en suis honteuse et confuse; Notre bonne Mère quoique malade elle-même vient me voir plusieurs fois le jour et fait avec moi une neuvaine à Ne‑De de la Salette; je voudrais pouvoir lui exprimer toute ma reconnaissance pour toutes les bontés et les soins qu'elle a toujours eus pour moi mais comme je ne le puis je prie N. S. de vouloir bien payer ma dette.

Notre bonne sœur infirmière me confond et me fait souffrir en même temps par tous les soins et toutes les peines qu'elle se donne après moi. Si elle m'entend tousser la nuit, aussitôt la voilà levée pour m'apporter du bonbon, ma bonne mère (Mme Guérin mère) qui me soignait si bien n'a jamais mieux fait, ni avec plus de tendresse et je t'assure si on se fait religieuse pour tout quitter, N. S. sait bien y pourvoir même ici-bas.

Ainsi cher ami voilà mon traitement avec de l'eau bonne et du sirop de raifort que je prends mais j'ai tout autant de confiance en l'huile de foie de morue, on suit exactement l'ordonnance du médecin et il ne l'a pas prescrite.

Les petites filles (Marie et Pauline) viennent de rentrer bien joyeuses leur mère en est

 

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très contente elle trouve beaucoup de changement en Marie et me dit qu'elle ne croyait pas qu'il pouvait exister de pension comme la Visitation; soyez sans inquiétude sur [2r°] ma santé si je me trouvais plus malade je vous l'écrirais.

Embrasse bien ma Belle-sœur et la petite Jeanne pour moi; je prends bien part à tous vos embarras car je ne connais rien de si ennuyeux que d'avoir des ouvriers (pour le nouvel agencement de la Pharmacie).

Je te remercie bien cher ami du sirop que tu as eu l'attention de m'envoyer, je pense que je n'en aurai pas besoin d'une caisse et que ces deux bouteilles me suffiront bien; je suis fâchée de toute la peine que cela va te donner pour les réclamer.

Adieu cher petit ami, je t'embrasse de tout mon cœur.

Sr Marie Dosithée Guérin

de la Von Ste Marie

       D. S. B. 

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