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De sœur Marie‑Dosithée à M. et Mme Guérin - 26 mai 1872.

De sœur Marie‑Dosithée à M. et Mme Guérin. 26 mai 1872.

 

V. + J.

                                                                                         De notre Mère du Mans

                                                                                         le 26 Mai 1872

 

Mon Cher Frère, et ma chère Sœur,

    Vous allez me traiter de paresseuse, vous attendiez une réponse plus prompte, mais je compte sur mon pardon que j'ai sujet d'obtenir facilement à cause de votre bonté et parce que je tombe rarement dans cette faute ayant l'habitude de répondre de suite.

Je vois avec peine que ma belle sœur se remet difficilement; je suis du sentiment d'Isidore, je crois que si vous pouviez rester quelque temps à la campagne vous vous en trouveriez très bien; pour moi j'ai une confiance sans bornes dans le grand air, cela m'a fait tant de bien et même sauvé la vie, que je le conseillerais volontiers à tout le monde; cela fortifierait aussi les petites filles. Voyez les enfants de la campagne comme ils sont forts malgré leur mauvaise nourriture, c'est que le travail et l'air remplacent avantageusement une meilleure [1v°] nourriture. Je crois aussi que les bains de mer vous feront beaucoup de bien (séjour à Trouville) et que vous finirez par vous remettre tout à fait. Quant au plaisir de vous voir on ne sait si c'est pour cette année, nous vivons dans un temps si extraordinaire qu'on ne peut compter sur rien sinon sur des  malheurs, mais enfin Dieu est là, et après tout il n'arrivera que ce qu'il voudra, la malice des hommes a beau être grande ils n'iront pas au-delà de ce qu'il leur sera permis; je crois que s'ils étaient libres de faire ce qu'ils voudraient ce serait une destruction universelle, et quoique Dieu laisse agir l'homme pour le châtier cependant il y met un frein et protège ceux qui espèrent en lui suivant le degré de leur confiance.  « Jette ton soin dans le Seigneur et il te nourrira» (Ps 54, 23).

Nous avons eu la visite de Zélie, de son mari, et de la petite Céline le lundi de la Pentecôte  (le 20 mai); ils ont été contents de leurs enfants. Marie fait partie maintenant de la Congrégation des Sts Anges et si elle veut travailler soigneusement cette année à réformer ce qu'il y a de défectueux en elle, elle pourra être enfant de Marie l'an prochain, mais je doute qu'elle puisse faire sa première communion dans quelques semaines, priez pour elle afin qu'elle s'y dispose bien; elle est légère mais elle a bon cœur; je pense qu'elle vous écrira pour cette époque, c'est dommage, que vous ne puissiez pas y être, mais il n'y a pas moyen d'y penser. Les grandes vont avoir pendant l'octave du Sacré-Cœur une retraite prêchée par un Père Capucin, cette retraite [2 r°] a lieu tous les ans tant pour les pensionnaires actuelles que pour les anciennes qui se font un grand plaisir de revenir; pour moi qui suis toujours sauvage, je redoute toujours un peu cette époque, je me trouve tout intimidée et déconcertée de rencontrer ces grandes jeunes filles; enfin comme il ne faut pas être égoïste je me réjouis pourtant du bien qu'il en résulte, on y voit souvent de petites conversions, telle enfant qui auparavant était dissipée et désobéissante change tout à coup et se tourne du côté de la dévotion et ce ne sont pas des dévotions passagères, mais qui font époque dans leur vie. Voilà Marie grande et réfléchie, cette retraite lui fera du bien.

 Il faut chère sœur que je vous parle de votre petit bijou d'enfant (Jeanne), mais elle est charmante ! et vous devez être heureuse avec vos deux petits anges, élevez-les bien et vous en aurez beaucoup de consolation. Dites lui bien que sa tante du Mans l'aime bien et qu'elle n'oubliera jamais sa petite Jeanne. J'espère bien que le bon Dieu va compléter la joie de la famille en rendant une santé parfaite à la chère petite mère. En somme mes chers amis, vous avez bien des actions de grâce à rendre à Dieu car vous êtes visiblement bénis, sauf les malheurs qui vous sont arrivés mais ce sont des accidents inévitables dans la vie et auxquels il faut se résigner.

Je vais assez bien pour le moment quoique j'ai eu assez de mal à passer le printemps cette année, mais voilà les chaleurs et j'irai tout à fait bien, il n'y a rien d'étonnant que j'éprouve quelquefois de petits malaises qui ne sont que bien peu de choses.

La consécration de notre diocèse au Sacré-Cœur aura lieu sous peu, nous en sommes bien heureuses, bientôt toute la France y sera consacrée et alors il y a lieu d'espérer que toutes les calamités qui [2v°] nous affligent cesseront, mais pour cela il faudrait prier plus qu'on ne le fait, pour nous, faisons ce que nous pourrons.

En attendant le bonheur de vous voir, je vous embrasse du fond du cœur.

Votre sœur affectionnée                            

Sr M. Dosithée Guérin

De la Von Ste Marie. .

          D. S:B. 

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