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De sœur Marie‑Dosithée à M. et Mme Guérin - 9 juin 1872.

De sœur Marie‑Dosithée à M. et Mme Guérin. 9 juin 1872.

 

V. + J.

                                                                                                 De notre, Mère du Mans

                                                                                                  le 9 juin 1872

 

Mon Cher Frère et ma chère sœur,

    Je profite de la lettre de Pauline pour vous écrire un petit mot (La lettre de Pauline au verso de celle-ci est datée du 13 juin).

Comment allez-vous donc ? Je suis inquiète de votre santé; le temps est si peu favorable cette année; on voit bien que le bon Dieu est fâché, car tous les éléments semblent conjurés pour notre perte joints à tous les autres maux qui nous menacent, et qui arriveront probablement d'une façon ou d'une autre. Nous voilà pourtant au mois de Juin, Zélie m'a tant annoncé de choses pour ce mois : je commence à douter de ses prédictions, elles ne semblent pas encore sur le point de se réaliser, il est vrai qu'il ne faut pas beaucoup de temps: moi je crois que ce ne sera pas comme on le pense, les choses n'arrivent ordinairement pas comme on les a prévues. Ce qu'il y a de certain c'est que nous ne sommes pas tirés d'affaire, il y aurait pourtant un moyen bien simple ce serait de revenir à Dieu ce qui ne se fait pas.

Je viens d'avoir une vision du Paradis. La procession du St Sacrement vient tous les deux ans dans notre chapelle; c'était cette année (Procession le dimanche  qui suivait le Vendredi du Sacré-Cœur) ; je ne saurais vous dire l'impression que j'éprouve à chaque fois; quand je considère la bonté de N. S. qui laisse ainsi faire de lui tout ce qu'on veut. Mon Dieu, qu'on est donc heureux de lui appartenir! C'est un avant-goût du Ciel… Et ces malheureux qui veulent arracher la foi du cœur des pauvres et des malheureux: mais c'est les précipiter dans le désespoir ! C'est leur ôter tout leur bonheur et leur trésor! Qu'est-ce donc que les trésors de la terre? Mais une vraie chimère ! et les honneurs? Est-ce qu'une pauvre servante qui [1v°] communie n'égale pas la plus grande dame de la terre qui est à ses côtés à la Ste Table ! Oh !c'est là la vraie égalité et elle n'est que là. Mais revenons à notre procession. Notre petite chapelle était splendidement décorée et un vrai petit bijou, mais jamais assez beau pour le divin hôte qui devait la visiter. J'ai pu en apercevoir quelque petite chose par une fenêtre donnant sur la chapelle (Sœur Marie‑Dosithée était cloîtrée et ne pouvait se rendre dans la chapelle ouverte au public)et ce qui m'a fait grand plaisir à voir c'était toutes ces petites têtes de Vierges qui paraissaient au-dessus de la galerie de la tribune, elles paraissaient si innocentes et si modestes toutes ces petites pensionnaires, sorties au-devant de Notre-Seigneur, couvertes de leurs grands voiles de tulle qui descendent jusqu'aux pieds et couronnées avec des ruches de tulle ce qui leur allait à merveille, bien entendu que vos deux nièces faisaient partie du cortège.

Je vous en prie priez beaucoup pour que ma petite Pauline fasse une bonne première communion. C'est une chose si sérieuse et qui a une grande influence pour tout le reste de la vie, que je crains toujours que sa légèreté naturelle ne la prive d'une partie des grâces qu'elle devrait recevoir. Elle se porte bien maintenant et me paraît vouloir être bonne petite fille. Marie se soutient toujours dans la bonne voie, elle continue d'avoir le tableau d'honneur : je suis contente de ses études, elle s'applique de tout son cœur et quoique ma grande fille ait encore pas mal de défauts, avec la grâce de Dieu et la bonne volonté qu'elle témoigne, tout cela disparaîtra avec le temps.

Ma santé n'est pas mauvaise, mon cœur est toujours en bon état à votre endroit, car je vous aime chèrement et tout ce qui vous appartient et vous n'en doutez nullement, ni moi du vôtre à mon égard. Nous serons bientôt réunis avec le Père et la Mère (M. et Mme Guérin, décédés) ; le temps s'avance et l'éternité approche, ce qui me fait grand plaisir; travaillons bien pour cela et nous verrons arriver notre dernier jour avec un visage riant. Amen.

Je vous embrasse tous avec toute l'affection dont je suis capable.

Votre sœur dévouée

Sr M. Dosithée Guérin

De la Von Ste Marie.

          D. S .B.