Imprimer

De sœur Marie‑Dosithée à M. et Mme Guérin - 18 mai 1873.

De sœur Marie‑Dosithée à M. et Mme Guérin. 18 mai 1873.

 

V. + J.

                                                                                         De notre Mère du Mans

                                                                                         le 18 Mai 73

Mon cher Frère et ma chère sœur,

   Je viens un peu tard répondre à votre bonne lettre ; je vois que malgré votre malheur vous avez encore eu bien de la chance, il est clair que Dieu vous protège visiblement, car quoiqu'il ne vous ménage pas les épreuves, elles sont accompagnées de tant de secours que l’on voit bien que c'est la main d'un Père qui est cachée là-dedans. Vous ne me disiez encore rien de votre désastre, je pense que vous ne saviez pas au juste la perte que vous aviez éprouvée, mais Zélie m'a envoyé une lettre d'Isidore qui m'a mise au courant; je finis par croire que c'est pour vous un coup de Providence qui vous sera connu plus tard, en attendant vous avez eu et vous aurez encore bien du [lv°] tracas pour vous réinstaller. Mais toi surtout mon cher ami ne te tourmente pas tant, vraiment tu uses ta vie et ta santé par cette prodigieuse activité, c'est une maladie de famille, nous sommes tous les trois semblables, moi j'ai la même activité qu'à 18 ans, et pourtant j'en ai bientôt 44 (le 31 mai.)

De mon côté j'ai eu bien des soucis, la maladie de Marie m'a bien inquiétée, grâces à Dieu je la crois tirée d'affaires, elle doit aller à la messe jeudi prochain (pour l'Ascension), là encore, le Seigneur nous a bien épargnés, elle aurait pu être beaucoup plus malade qu'elle n'a été et être obligée de rester ici ce qui n'aurait pas été une médiocre peine pour les parents j'ai été heureusement inspirée de l'envoyer de suite, elle n'est restée que deux jours malade à la Visitation, il paraît que le lendemain elle n'aurait pu faire le voyage. Si elle nous était restée, elle aurait été parfaitement soignée et je n'aurais pas à craindre les imprudences qui certes auront lieu chez elle; elle se met à pleurer quand elle veut obtenir quelque chose et aussitôt le Père y cède, l'autre jour il lui a donné [2r°] deux bouchées de fromage, si par malheur elle avait une rechute, ce serait mortel  Il faut que je dise ici toute la reconnaissance que nous devons à notre bonne Mère et à toute la communauté. Marie aurait été la fille et la nièce de toutes nos sœurs qu'on n'aurait pas pris plus de part à sa maladie qu'on y a fait; c'étaient des prières, des neuvaines pour sa guérison, nos sœurs m'assiégeaient continuellement pour avoir de ses nouvelles, elles n'arrivaient jamais assez tôt à leur gré et notre bonne Mère lui a envoyé des oranges et des raisins verts pensant que cela lui ferait plaisir ! Pauline comme vous savez n'a pas eu de vacances à Pâques, sa mère la (voulait ?) c'était une bien grande imprudence de sa part, enfin elle a été obligée de se rendre, ce n'aurait été qu'une voix sur son compte pour la (blâmer ?), on lui a promis de lui donner sa Pauline dès que Marie serait guérie, et elle s'est rendue (mais) comme elle le disait à son corps défendant; maintenant elle veut l'avoir pour la (Pentecôte ?).

J'en suis contente de ma petite fille; elle aime bien sa sœur elle lui écrivait des lettres charmantes de candeur , elle se repentait de l'avoir disputée, car quand elles sont ensemble, elles ne font que se taquiner, à peu près comme tu fais avec leur mère, ensuite elles en ont du regret; la vie passe ainsi à regretter et à recommencer.

Et vous, comment allez-vous ? La santé et le courage? Le cœur est‑il sous le pressoir de la crainte ? Vous tourmentez-vous toujours, ma chère sœur ? je vous désire une grande paix, cette paix que N. S. donnait à ses Apôtres après sa Résurrection  ( Luc 24, 36), cette paix qui tient nos âmes dans la joie malgré les vicissitudes de la vie, [2v°] cette paix qui fait qu'on s'abandonne entièrement entre les bras de la Providence. Et les petites comment vont-elles ? Jeanne est-elle toujours aussi vive et entière ? il faut qu'elle soit bonne ma petite Jeanne, bien docile et bien douce; et Marie doit avoir bien grandi, ce sont mes amours que cette petite. Embrassez-les bien pour moi et dites-leur que leur tante du Mans les aime bien; je veux qu'elles m'aiment aussi.

Ma santé est bonne, je vais bien cette année. je vous embrasse de tout mon cœur.

Sr M. Dosithée Guérin

De la Von Ste Marie.

           D. S. B.                                                                

 

Retour à la liste des correspondants