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De sœur Marie‑Dosithée à M. et Mme Guérin - 8 février 1874

De sœur Marie‑Dosithée à M. et Mme Guérin. 8 février 1874.

V. + J.

                                                                                              De notre Mère du Mans

                                                                                                le 8 Février 1874

 

            Je viens de recevoir votre aimable lettre et m'empresse d'y répondre puisque je ne pourrai pas le faire d'ici Pâques (le carême commence le 18 février, et Pâques sera le 5 avril), la Sainte quarantaine nous condamnant au silence et à la pénitence. D'après ce que je vois dans votre lettre vous avez eu assez de maladies. Votre petite Marie est si faible que j'en suis presque inquiète; vous vous y connaissez mieux que moi mais si j'avais cette petite je lui ferais prendre de l'huile de foie de morue c'est si fortifiant que cela refait le tempérament des enfants et ordinairement ils ne font pas difficulté d'en prendre, n'ayant pas la même répugnance que les personnes plus âgées éprouvent, j’en ai même vu qui la trouvaient bonne.

Presque toutes nos enfants ont été enrhumées ici, entre autres Marie et Pauline en ont eu de gros avec la fièvre, elles ont dû garder le lit pendant plusieurs jours, maintenant elles vont bien, quoique faibles; Marie ne [lv°] s'est jamais bien remise de sa fièvre typhoïde; quoiqu'elle ne soit pas malade, elle n'est pas très bien; Pauline est pâle, tout ce petit monde- là n'est pas fort, ni la mère non plus  (. . .)

des douleurs de dos et de poitrine et tousse tout l'hiver ! Si elle ne fait pas attention, elle ne fera pas de vieux os; ce serait cependant une grande perte pour sa famille. J’aurais voulu qu'elle aurait consulté le médecin avant de commencer le jeûne du carême qu'elle compte faire, car quoique beaucoup de personnes se dispensent trop légèrement de cette obligation je crois qu'il serait prudent qu'elle demanderait conseil à son médecin qui est un homme religieux et en qui on peut avoir confiance sur cet article.

 

Vous désirez que je vous donne des nouvelles de Léonie: ce n'est pas une petite affaire je vous assure d'avoir trois enfants à diriger cela me donne bien des soucis il est difficile de former des enfants à la vertu; vous l'éprouvez déjà dans votre petite Jeanne; vous n'êtes pas au bout vous ne faites que commencer il vous faudra bien de la patience pour arriver au but que vous voulez atteindre, mais surtout, mettez toute votre confiance en Dieu, tout est là ! la créature n'est qu'un instrument dont Dieu veut se servir, mais pour elle il faut qu'elle reconnaisse son incapacité qu'elle fasse ses efforts comme si tout devait [2r°] venir d'elle et qu'elle n'attende pourtant la réussite que de Dieu et je vous assure qu'en agissant ainsi le Seigneur répand ses bénédictions et tout va à merveille; j’en ai bien la preuve dans ma Léonie; comme vous le savez cette pauvre enfant avait bien des défauts; le premier mois je grondais lorsqu'elle ne faisait pas bien et cela arrivait, si  fréquemment que je ne pouvais guère faire que cela…

(d'autant plus que ses sœurs venaient toujours l'accuser, je voyais bien que j'allais rendre cette petite malheureuse sans (. . . ) et c'est ce que je ne voulais pas, je voulais être une Providence de Dieu à son égard alors j'implorais le secours de Dieu et la lumière dont j'avais besoin car je n’avais que de bonnes intentions. . je me mis donc à la traiter avec la plus grande douceur évitant de gronder, et lui disant que je voyais qu'elle voulait être bonne et me faire plaisir, que j'avais cette confiance d'elle; cela lui produisait un effet magique non seulement passager mais durable, car cela se soutient et je la trouve tout à fait mignonne, j'en suis plus contente que de ses sœurs. C'est inimaginable le désir qu'elle a de me faire plaisir, cela lui fait surmonter sa paresse ‑ elle étudie bien maintenant; elle vient avec candeur me raconter ses méfaits, je lui ai dit que je le voulais ainsi, elle est très obéissante. Voilà celle qu'on croyait sans cœur et qui se trouve en avoir plus que les autres, j'espère que le bon Dieu bénira nos efforts [2v°] et qu'elle deviendra bien bonne, car tout n'est pas fait et il faudra encore plus d'une fois assaisonner la douceur de fermeté.

Nous sommes toujours comme vous le dites bien dans un triste temps, on ne sait pas quand cela finira, il est clair que le bon Dieu attendait de nous non seulement la prière mais la réformation de nos mœurs dépravées ce qui n’a pas eu lieu, car Il paraît qu'on n'est pas meilleur que par le passé; pour vous, vous me donnez bien des consolations, je vois que vous êtes sincèrement à Dieu et à vos devoirs et que vous n'avez point de part avec le monde corrompu; ainsi continuez et progressez parce qu'il ne faut jamais être stationnaire dans l'œuvre du salut et je vous promets que le Seigneur vous bénira vous et votre famille, mais prions beaucoup c'est un devoir bien grand dans les temps où nous vivons.

Je me réjouis d'avoir le bonheur de vous voir cette année, espérons qu'il n'arrivera rien qui puisse en empêcher.

Vous avez oublié de nous donner les renseignements que nous avions demandés au sujet de cette dame, si vous pouviez le faire la première fois que vous écrirez, cela rendrait bien service. Je vous prie d'embrasser les chères petites pour moi et de dire à Jeanne que la petite lettre qu'elle m'a envoyée m'a fait bien plaisir, que sa tante du Mans l'aimera bien si elle veut être obéissante et sage. Je vous embrasse de tout mon cœur.

Votre sœur affectionnée

Sr M. Dosithée Guérin

De la Von Ste Marie.

          D. S. B.

[2v°tv] Ma santé est toujours très bonne.

[2v°]    Le nom de cette dame que vous avez peut-être oublié est Madame Vve Selles

           au manoir du Mouton 

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