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De sœur Marie de l'Eucharistie à J. La Néele. Novembre 1895.

 

De sœur Marie de l'Eucharistie à J. La Néele. Novembre (?) 1895.

 

Jésus                                                                               J.M.J.T.

 

Ma chère petite Jeanne.

       Je viens de recevoir ta longue lettre, si tu pouvais comprendre le plaisir qu'elle m'a procuré!... Tu es toujours aussi affectueuse pour ta pauvre petite sœur qui te rend bien cette affection dans le fond de son cœur, mais qui est toujours incapable de [lv°] la témoigner. Le crois-tu que je t'aime?... Oh ! oui, n'est-ce pas. L'écorce est rude mais le fond est plein de tendresse...

     Ne me plains pas autant, je t'assure que je ne me ressens pas du tout du froid. Tu sais que je m'étais un peu habituée à la dure pendant que j'étais dans le monde, aussi maintenant je souffre bien moins, et puis tu sais j'ai grâce, aussi je ne m'aperçois pas de la gelée [2r°]. Mais je t'en prie, ne souffre pas du froid à cause de moi, pour le bon Dieu, oh oui! alors je ne demande pas mieux et tu verras comme II te récompensera. Il te récompense déjà de ton lever matinal, car tu as l'air bien gai et bien heureux, et les migraines n'ont pas l'air de vouloir faire leur apparition. Ton système de matraque m'a fort amusée, c'est bien une invention du grand Francis... il n'a jamais que [2v°] de très bonnes idées, surtout pour avancer dans la perfection il sait mettre tout en œuvre.

       Au Carmel il y a aussi un système de matraque qui ne permet pas de faire la sourde oreille, il faut coûte que coûte se lever, et puis vois-tu, j'ai toujours grande envie d'avoir la bénédiction de l'ange en arrivant la première au chœur, et jusqu'ici je ne l'ai manquée que deux fois.

       Ma lettre n'est pas aussi intéressante que la tienne, c'est que vois-tu au Carmel la vie suit son petit train-train ordinaire [2v°tv], il y a rarement du nouveau, ou s'il y en a c'est du nouveau qui n'amuse que les pauvres carmélites. Ici on est toujours gai et un rien sait nous donner une bonne partie de plaisir. Tu ne me reconnaîtrais pas tellement je suis gaie, c'est que le grand sacrifice de la séparation est accompli, je t'assure que cette idée me changeait bien le caractère, tout en n'en ayant pas l'air.

         Merci encore de ta lettre qui m'a fait un immense plaisir. Si tu savais comme j'aime à avoir des nouvelles de ceux que j'aime.

       Je t'envoie mes plus gros baisers ainsi qu'à mon grand séraphin (Francis) qui en a l'air et la chanson.

Ta petite sœur
Marie de l'Eucharistie
p.c.i.

   [lr°tv] Mère Marie de Gonzague te dit bien des choses aimables, si tu savais ce qu'elle est bonne pour moi... Toutes tes petites carmélites te mangent de baisers.

 

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