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De sœur Marie de l'Eucharistie à Mme Pottier. Fin novembre 1895.

 

De sœur Marie de l'Eucharistie à Mme Pottier. Fin novembre 1895.

 

+ Jésus                                                                               J.M.J.T.

           Ma chère petite Céline,

       Tu te plains que je ne te gâte plus autant que dans le monde... Je m'attendais un peu que tu me ferais ce petit reproche. Mais tu sais, au Carmel on [n'] est pas libre de ses moments et puis je t'avouerai bien franchement que j'attendais encore une lettre de toi pour te répondre. Je suis bien [lv°] bien gourmande n'est-ce pas? deux lettres contre une; mais ce ne sera plus comme cela.

Je t'assure que je ne t'oublie pas, je pense encore plus que jamais à toi, ma chérie, et j'ai bien pris part à tes épreuves. Maintenant tu renais à la joie, et Bébé, je le vois, tout en forçant sa maman à rester cloîtrée, sait bien la dédommager par ses caresses et gentillesses. S'il pouvait lui laisser un peu de temps pour venir voir la petite carmélite [2r°] je serais bien heureuse, mais maintenant en voilà au moins pour jusqu'à Noël puisque nous serons bientôt dans l'Avent. Le sacrifice est réciproque, mais cela rend encore notre affection plus intime et la joie du revoir en sera beaucoup plus grande.

     Si tu savais comme tes lettres me font plaisir, je les reçois et les lis avec grand bonheur; les nouvelles de Bébé, et ses faits et gestes m'intéressent beaucoup. Mais tu ne me parles pas beaucoup de toi, de l'intime de [2v°] toi, ce qui me fait supposer que tu marches à grands pas vers la perfection au milieu des ennuis et des soucis de ta nouvelle vie.

     Quant à moi, ma chérie, je suis toujours de plus en plus heureuse, je goûte le bonheur que j'avais tant désiré, mais j'ai besoin de tes prières pour arriver à imiter les âmes généreuses qui m'entourent. Je t'assure que je me trouve bien imparfaite, aussi je compte que ma Céline m'aidera de ses prières.

     Quant à ma santé, je me trouve très bien du régime du Carmel, je me porte même bien mieux que dans le monde (toutefois, des courriers de Mère Agnès aux Guérin, les 29 novembre, 1er et 3 décembre, montrent la postulante souffrante de l'influenza).

[2v°tv] Je te quitte, ma chérie, en t'embrassant de cœur bien fort... Une caresse à Bébé de ma part et mon souvenir à ton mari. Est-il toujours content d'avoir une petite fille?...

Ta petite sœur
Marie de l'Eucharistie
p.c.i.

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