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De Mme Martin à Mme Guérin CF 144 - 31 octobre 1875.

 

Lettre de Mme Martin CF 144

 

A Mme Guérin

31 octobre 1875.

Voilà quinze jours que je suis en possession des petits bulletins que vous trouverez dans cette lettre; je vous les aurais envoyés plus tôt, mais j'attendais que leur nombre fût complet, car il est arrivé un malheur. Deux d'entre eux ont été découpés par les enfants, sans que je m'en aperçoive. J'avais écrit, dimanche dernier, au Mans, de me les rem­placer, je n'ai encore rien reçu.

Je voudrais bien avoir de vos nouvelles, je ne fais que penser à vous tous. J'ai peur que vous n'ayez de la peine et beaucoup de difficultés. Je ne puis songer aux soucis de mon frère sans en être émue. J'ai souvent l'esprit à Lisieux, je vous assure, et c'est toujours pour aspirer à voir cesser vos épreuves.

Je suis contente de Marie; elle s'occupe beaucoup de Céline, qui apprend bien. Aussi, je ne serai pas obligée de mettre la petite en pension cette année. J'en aurais été bien tourmentée, car c'est une enfant très faible, qui a besoin d'une nourriture à part et qui ne mange presque rien. Elle est toujours souffrante; j'en suis inquiète, ma petite Hélène était comme cela de longs mois avant de mourir.

Quant à ma petite Thérèse, sans être très forte, elle a un bon tempérament, se nourrit parfaitement, rien ne lui fait mal. Hier soir, cependant, Marie me l'a rendue malade. Elle la faisait manger en lui racontant une histoire qui la captivait. Voyant que le conte n'en finissait pas et que la petite mangeait toujours, j'ai dit à Marie:  « Ne lui en donne pas davantage, je t'en prie. »

Mais, il était trop tard, et vers minuit, cette pauvre petite s'est trouvée souffrante. Je l'ai tenue dans mes bras pendant une heure. Moi, j'y ai attrapé un rhume. Voilà une bonne leçon pour Marie !

Pauline est toujours mon « Benjamin »; je ne l'aime que trop, mais je ne puis m'en empêcher, elle est si exquise. Elle m'écrit qu'elle est au Tableau d'Honneur et qu'elle est si heureuse de me faire plaisir ! Ma sœur me dit aussi qu'elle est très aimée de ses Maîtresses. Toutes ces marques d'amitié qu'elle reçoit ne la rendent pas orgueilleuse, elle reste d'une charmante simplicité.

Je pense que Jeanne et Marie vont en pension ? Donnez-­moi de leurs nouvelles.

Votre bonne Aline est‑elle guérie ? A peu près, je crois, comme Louise, qui est revenue de Lourdes avec toutes les infirmités qu'elle avait emportées et, en plus, une bronchite. Mais au moral, elle n'est plus la même; son enthousiasme n'a pas de bornes, elle est maintenant pieuse ! C'est au point que moi, qui n'aime pas les pèlerinages, je veux absolument aller à Lourdes, l'année prochaine, avec les trois aînées.

J'attends une grande lettre; dites‑moi bien des choses, vous savez que tout ce qui vous touche m'intéresse au plus haut degré.

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