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Du P. Pichon à sœur Marie du Sacré-Cœur - 26 juillet 1897

Du P. Pichon à sœur Marie du Sacré-Cœur,
26 juillet 1897


Montréal 26 J S Anne


Mes chères Enfants toujours miennes à jamais, est-ce vrai que Jésus nous a ravi notre Thérèse? Est-
ce vrai que l'Ange bien-aimé a pris son vol vers la patrie? Mes yeux et mon cœur la cherchent là haut,
cette fille chérie de mon âme et je ne sais s'il me faut sourire ou pleurer. Mais non, de telles morts ne
se pleurent pas. Jésus cueillant une fleur dans notre parterre a droit à tous nos Merci, à nos Alléluia!
C'est égal! Le coup est sensible et il a porté juste même en Amérique. Si vous saviez comme tout est
mien, votre peine, votre sacrifice et le sentiment du vide dans le cœur.
Dieu seul! Dieu seul! Comme Jésus est bon de nous rattacher de plus en plus au Ciel, à tout ce qui ne
périt pas! En Dieu l'union de nos âmes est à l'abri des coups de la mort. Elle se perfectionnera sur la
tombe de notre Thérèse. Nos âmes, rivées à cet ange qui s'est envolé là-haut, seront de mieux en mieux
fixées au Ciel et absorbées en Dieu. En Dieu nous possédons toujours ceux que nous perdons. En Dieu
la mort est une naissance et le trépas un gain.
Dites moi bien que sur le seuil de l'éternité la chère enfant a encore pensé à son père exilé, à son
lointain apostolat. Dites moi que dans le cortège de Jésus elle ne m'oubliera pas et patronnera mon
petit ministère.
J'ai déjà offert et j'offrirai tous les jours mon calice et mon hostie. Si elle a besoin de rançon, hâtons-
nous de la secourir. Il faut être si pur pour paraître devant Dieu.
Mes très chères Enfants, sentez-vous quels sacrifices m'imposent mes pauvres yeux ? Ils s'éteignent
peu à peu et peuvent redire la parole de S' Paul : Quotidie morior! Je meurs chaque jour.
Vos lettres me sont bien bonnes, meilleures que jamais si c'est possible. Merci à ma bien-aimée Mère
L. de G. pour ses quelques lignes, hélas! trop courtes. Merci à mes enfants si fidèles S M. du S.C et S.

 

Geneviève. Je lis avec tant de bonheur chacune de leurs pages. Je lis même tout ce que ne m'écrit pas
l'Agneau béni... et chacune, je vous bénis très tendrement in SS.Corde
AP
La lettre du lion ne m'est arrivée que ces derniers jours. Et cependant elle portait la date du 8 Mai : j'ai
cru devoir lire 8 Juillet. Mes retraites s'enchaînent : voici la 488. Priez, priez avec tout votre cœur pour
deux retraites sacerdotales que j'ouvrirai à Québec le 10 et le 24 Août. Priez.
J'attends des détails sur les derniers jours du cher agnelet.
Le cher anniversaire du 29 nous unira dans une même pensée et le S. Patriarche nous sourira du ciel.

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