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Du P. Pichon à sœur Marie du Sacré-Cœur. 3 novembre 1896.

 

Du P. Pichon à sœur Marie du Sacré-Cœur. 3 novembre 1896.

 

+ Webster, Mass. Etats-Unis                              3 Nov. 96

 

Ma chère aînée en N.-S.

       Le bon Maître est friand de nos sacrifices. Mes pauvres yeux s'éteignent. Le cœur est aux abois. Sur mon bureau s'accumulent des monceaux de lettres que je ne puis même pas [lv°] lire. Je me sens dix fois exilé. Dieu sait combien je gémis de faire souffrir mes meilleures, mes plus intimes enfants. Mais N.-S. n'a-t-il pas délaissé sa Mère pour courir après les pécheurs ?

Il me serait pourtant bien précieux de recevoir encore des nouvelles de ma très [2r°] chère famille Lexovienne. Mais il ne faudrait que des lettres de deux pages au plus en gros caractères. Voilà l'extrémité à laquelle je suis réduit.

       Au moins promettez-moi de ne jamais oublier devant Dieu mon apostolat qui m'est plus cher que ma vie. J'ai tant d'âmes à sauver. Priez, priez!

       Ma santé est bonne, ma besogne absorbante, [2v°] dévorante. Me voici donnant une grande mission dans l'une des plus belles églises des Etats-Unis.

     Hier j'ai prié pour vos défunts qui sont si miens, en particulier pour le vénéré patriarche.

       Aujourd'hui, huit ans que j'ai quitté la France pour la dernière fois. Nous marchons vers le ciel à marches forcées.

     A votre Révérende Mère toujours bien-aimée, à l'Agneau, au Benja­min, à la pupille de [2v°tv] la Ste Face et à vous, ma chère aînée, mon âme et mon cœur restent tendrement dévoués et paternellement attachés in SS. Corde Jesu.

A. P.

[lr°tv] Rien de mon retour... ni pour ni contre. C'est le secret de Dieu.

 

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