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Du P. Pichon à Thérèse - 27 mars 1890

 

Du P. Pichon à Thérèse.

27 mars 1890

Montréal, 27 Mars 90.

Ma chère Enfant en J.C.

Oh! Vous êtes et vous vous sentez mon enfant en dépit du silence, comme je me sens votre père! Cinq mois sans vous écrire ! Je ne me le pardonnerais pas, si la faute n'en était au bon Dieu. Je souffre trop de mon silence pour qu'il soit volontaire.

Dans le Cœur sacré je retrouve chaque jour l'agnelet chéri, sans le quitter jamais. Que c'est bail, doux et céleste, l'union des âmes au Tabernacle!

Jésus a un faible pour le néant, pour les pauvres petits riens. Réjouissons-nous donc d'être si peu de chose.

Qu'il ne vous suffise pas d'aimer Jésus. Il faut le faire aimer. Sans cela seriez-vous fille de Ste Thérèse? Or, pour faire aimer Jésus, il faut souffrir, beaucoup souffrir. Soyez donc félicitée, puisque pour vous tout est souffrance et exil.

Vos noces comme vos fiançailles porteront le cachet de la croix. Que je suis aise de vous voir tout abandonnée au bon plaisir de Dieu! Tenez le parti de la Providence, dût la sagesse humaine s'en arracher les cheveux de dépit. Tout ce que Jésus fait est bien fait. Ses cadeaux sont les meilleurs : clous, épines, fiel et calice amer !

Bénissons toutes les croix, même la croix de Caen. Nous sommes bien crucifiés dans la personne de notre vénéré patriarche. Pensez-vous que Jésus se désintéresse de notre martyre ?

Mon agnelet sera conduit à l'autel tout paré d'épines de la tête aux pieds. Il n'y a pas de plus belles fleurs au regard de Jésus.

Gardez vos désirs enflammés. Soyez la petite allumette du bon Dieu.

Les Buissonnets et le Carmel, Caen et le Canada, tous les divins vouloirs nous doivent être chers et précieux. Le Ciel nous dédommagera de tout.

Ma lettre arrivera-t-elle à temps pour vous porter mes vœux le 9 Avril, très-doux anniversaire ? Dites à ma chère aînée que je n'ai pas oublié le 19 Mars g et que je n'aurai garde d'oublier le très-cher 17 Avril, 9e anniversaire. Avec l'agneau je vais célébrer le 6 Avril.

Vous avez raison, vos Merci doivent se multiplier au soir des journées de sécheresse et d'amertume.

Je lis tout l'inédit de votre âme. Je la vois. Elle est toute transparente sous mes yeux et la bénir m'est une si grande joie!

A.P.