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Du P. Pichon à Marie - 14 décembre 1882.

Du P. Pichon à Marie. 14 décembre 1882.

 

+ Vimoutiers, 14 Nov.

Ma vraie et chère Enfant en J. C.,

Comme N.S. s'entend à nous ménager de bons sacrifices, Vous faire attendre mes réponses à vos pages toujours si filiales m'est une grosse mortification. Pour Jésus ne saurons nous pas tout accepter gaiement ? Au Ciel toute tristesse sera joie et toute épreuve récompense.

Est ce que N.S. m'aura amené jusqu'aux portes de Lisieux sans que je revoie et bénisse l'enfant que son divin Coeur m'a si bien donnée. Tout en mon âme se refuse à le croire. Eh quoi ! Ne pourriez vous franchir une si faible distance ? [1 v°] Par exemple la nièce de Mme la Supérieure de la Miséricorde n'aurait elle pas besoin d'une compagne de voyage ? Le divin Maître est il à bout de ressources ? Je continue à espérer contre toute espérance.

C'est au Paradis, mon Enfant, que plus rien ne comprimera cette impétuosité de votre coeur. C'est alors que vous vous jetterez éperdument dans cet abîme de l'amour divin, où tout vous emporte même à votre insu. Oh ! rien de plus vrai, il faut à votre coeur les biens de l'éternité. Jésus seul peut le combler. Ma joie est grande de le constater de plus en plus.

Ne rêvez pas une oraison extatique ; prenez celle que Dieu vous [2 r°] donne et sachez vous en contenter. Mieux vaut recourir à un auteur, restez donc à l'école de M. Hamon.

Calmez vos empressements pour les mille frivolités de la toilette ; pour ma fougueuse enfant ce n’est pas une petite affaire. Dieu aidant, il faudra bien qu'elle y parvienne. Courage et patience !

Voici une ligne que je voudrais signer de mon sang : « Quelle joie de ne pouvoir river son coeur à aucune chaîne terrestre. » Amen, amen, qu'il en soit toujours ainsi, ou bien préparons nous aux larmes amères.

Heureuse affamée de sacrifices, saisissez avidement toutes les petites occasions d'immoler l'orgueil, l'amour propre, la vanité. Ce sera une [2 v°] ample moisson. Avouer les petits retours de complaisance sur vous-­même, les préoccupations de vanité est un excellent remède et je vous félicite de l'employer à merveille.

Gagnons le large ! Je vous prends au mot. Fuyez, fuyez dans le Coeur de Jésus, loin, bien loin des étroitesses du monde où votre âme étouffe. Au large, au large.

C'est par trop méchant de dire que votre père ne vous connaît pas. C'est vous qui le connaissez trop peu !

Mes yeux me trahissent ; ils ne suffisent plus même à lire toute ma correspondance. Je ne suis arrivé que mardi soir à Vimoutiers, juste à l'heure d'ouvrir les Saints Exercices au Pensionnat de la Providence. Au moins jusqu'au 27 ou 28 vous me trouverez à votre porte.

A vous mes meilleures, mes plus paternelles bénédictions.

A.P.

[2 v° tv] Ne vous ai je pas dit que mon voeu de Pauvreté me réduit à demander un timbre poste à qui souhaite de moi une réponse ?

[1 v° tv] Je n'en finirais pas si je vous disais tous les Merci que méritent vos six lettres, si bonnes, si dignes du coeur filial que Jésus vous a donné.

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