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Du P. Pichon à Marie - 21 juillet 1884.

Du P. Pichon à Marie. 21 juillet 1884.

 

+ Nantes, 21 J

Ma bonne Enfant en J.C.

Un vilain petit rhumatisme, locataire de mon épaule droite, a paralysé ma plume. C'est ainsi que, malgré moi, je vous ai crucifiée, ou plutôt j'ai servi d'instrument à la main et au Coeur de Jésus pour vous crucifier. Ce bon Maître ne m'a point demandé permission. Peut être ne la lui aurais je pas donnée de bon coeur. Aidez moi à dire qu'il a bien fait.

Je suis enchanté de votre [1 v°] plume. Elle a puisé à V. (A Vitré) une sève de plus en plus surnaturelle et de plus en plus filiale. Elle remue bien doucement toute mon âme quand elle m'écrit: « Que N.S. qui ne me console pas, soit béni ! S'il a résolu de me laisser à jamais sa croix, qu'il soit béni encore !... J'ai compris la joie du sacrifice et le néant de toute autre joie. »

Ma bonne Enfant, concentrez bien de mieux en mieux tout votre cœur en cette ambition, qui doit résumer vos désirs comme les miens : être à Dieu seul par toutes les fibres les plus intimes. Etre à Jésus, mais à Jésus crucifié, à Jésus au désert, [2 r°] à Jésus en Egypte. Si je savais qu'une seule parcelle de vos tendresses dût être un jour profanée, ce me serait la peine la plus cuisante, la plaie la plus inguérissable.

Je comprends chacune de vos angoisses et jusqu'au plus intime de vos déchirements. Mais je m'arrête sous le coup d'une émotion indicible.

C'est Jésus qui étreint, brise, déchire, broie le coeur de mon enfant et ce que Jésus fait est bien fait.

Vous voilà toute sage, bien convaincue désormais que tout n'est rien en dehors de l'éternité. C'est encore plus vrai que vous ne le pensez. [2 v°] Grandissez en cette sagesse.

Oui, aimez Dieu à la folie. Aimez aussi un peu le Canada et la manne de chaque jour.

Dites-moi encore que votre retraite vous a dépossédée de tout car c'est ainsi que vous serez de plus en plus ma plus unique enfant. Vous voyez que le S. Cœur mérite bien votre cierge.

Mercredi, fête de N.D. du M. Carmel, je priais pour vous et votre Pauline et tous les vôtres, aux pieds de N.D. de Lourdes. Ne l'avez vous pas senti ? Ah ! Que n'étiez vous là. C'est seulement hier que j'ai trouvé ici votre lettre du 14. Merci pour elle et toutes ses aînées.

Je vous bénis de mon mieux.

A.P.

[2 v° tv] Jusqu'au 25 : à Nantes. Du 26 au 3 août : à Carrouges (Orne).

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