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Du P. Pichon à Marie - 21 février 1883.

Du P. Pichon à Marie. 21 février 1883.

 

+Paris, 21 Fév.

Ma bonne Enfant en J. C.,

Tandis qu'au Saint Autel j'appellerai demain sur vos 23 ans toutes les bénédictions divines, je veux que cette petite feuille aille vous dire que vous n'êtes pas seule à remercier N.S. Le jour de votre naissance m'est précieux, le jour de votre baptême me serait plus cher encore pourquoi ne pas me le faire connaître ?

A aucun prix je ne veux que vous donniez à Jésus l'occasion d'être jaloux de votre coeur et le droit de se plaindre d'un partage quel qu'il soit dans vos tendresses. Vous souffririez trop et Jésus souffrirait plus encore. Non, vous ne serez [1 v°] pas à ce point cruelle pour Jésus et pour votre coeur Je ne puis admettre comme fondées les dépositions que consigne votre plume. Cette plume me paraît un peu mauvaise langue. L’écueil, il vous est signalé, vous le voyez ; soyez sur vos gardes sans toutefois vous laisser aller à une panique dont Messire Satan abuserait. J'applaudis fort à vos sacrifices du coeur, pourvu qu'ils se fassent paisi­blement, à la bonne, sans qu'une conscience affolée jette les hauts cris. Il est bien connu ce petit stratagème du malin esprit. Faites en sorte qu'il ne soit pas le plus fin.

N.S. vous sait gré d'avoir [2 r°] invité votre père à vous sevrer de tout jusqu'à Pâques (Marie a dû demander au P. Pichon de ne pas lui écrire pendant le carême, du 7 février   25 mars). Mais vous savez ce qui advint lors du grand sacrifice d’Abraham. Il en fut quitte pour la peur et remporta le mérite sans que la peine fût complète. Le bon Maître aime à nous jouer de ces tours. Voilà des déceptions qui ne sont pas trop amères.

Oh ! Dites moi encore, redites-mois [sic] sans cesse que votre coeur n'est point fait pour les affections humaines, qu'il sent de plus en plus le besoin de Dieu, que tout ce qui n'est pas Dieu lui est souffrance, et qu'ainsi vous apprenez par expérience, à vos dépens, qu'il vous faut Dieu, ni plus, ni moins, mais le Dieu crucifié et le Dieu qui crucifie ses bien aimés, non pas [2 v°] le Dieu du Thabor, mais le Dieu victime de Gethsémani.

Vous direz à votre chère Pauline que je lui en veux d'avoir douté que le second chapelet était pour elle. En le lui destinant je savais vous gâter deux fois. Ces chapelets ont : 1° les Indulgences de sainte Brigitte, 2° les Indulgences du Rosaire, 3° les Indulgences apostoliques, 4° Enfin les Indulgences plus précieuses que toutes les autres des PP. Croisiers ou de sainte Odile. Ces dernières peuvent se gagner lors même qu'on ne dirait pas autre chose qu'une dizaine ou un Ave Maria. Vous voilà bien armée pour gagner des âmes à Dieu et libérer les captifs du Purga­toire. A l'oeuvre donc.

Vraiment non, je n'aurais pas mis obstacle à votre pèlerinage de Jérusalem (M. Martin envisageait alors ce pèlerinage pour lui-même. Il avait dû proposer à Marie de l'accompagner). Par vous il m'aurait semblé faire partie de cette grande Croisade. Pourquoi ne venez vous pas au moins conduire votre père à Paris ? Faut il donc que je renonce à ce revoir que je demande si instam­ment au bon Dieu ?

[2 v° tv] Je vous bénis plus paternellement que jamais à l'aurore de cette nouvelle année.

A.P.

[2 r° tv] Surtout faites en sorte que N.S. bénéficie de toutes les gâteries paternelles.

 

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[1 v° tv] La souffrance! Est il vrai que vous entrevoyez ce qu’elle est, ce qu'elle vaut ?

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