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Du P. Pichon à Marie - 17 avril 1883.

Du P. Pichon à Marie. 17 avril 1883.

 

+ Nantes, 17 A.

Ma vraie et bonne Enfant en J. C.,

Oh! non, il ne pâlira jamais ce délicieux rayon du bonheur du Ciel (les rencontres à Paris les 23 et 25 mars, de Marie (accompagnée de son Père et de Léonie) avec le Père Pichon).

Bien plutôt il ira s'épanouissant dans votre coeur comme dans le mien. Sentez-vous quel sacrifice le divin Maître m'a imposé ? Je comptais si bien vous bénir, vous féliciter, vous consoler, au moins par ma plume, le jour de la prise d'habit de votre chère Carmélite. N'accusez pas votre père de ce douloureux silence. Ne vous en prenez qu'au bon Dieu. J'étais avec vous pourtant, au pied de l'autel, présentant comme vous à Jésus sa chère fiancée. Je suis avec vous aussi sur votre douloureux Calvaire au chevet de votre petite Thérèse. Dites lui bien que je prie pour [l v°] elle tout comme si j'étais son grand'père. Apprenez lui bien surtout à baiser la main adorée qui l'étend sur la croix.

Comme je sais gré à mon bon Maître de s'être montré si délicat pour vous. Je reconnais bien là son coeur. Il n'a pas voulu assombrir les fiançailles de votre heureuse Pauline par un deuil (la mort de sa grand-mère Martin le 8 avril, surlendemain de la prise d'habit de sœur Agnès) ou l'absence du cher Benjamin. Vous sentez, n'est ce pas, mon Enfant, tout ce qu'il y a de divines tendresses en Celui qui vous veut toute à Lui, à Lui seul, sans réserve et sans retour. En dehors de Lui, il y aurait pour vous tant de déceptions. Aimez donc Jésus, comme vous avez besoin d'aimer, mais le Jésus de Gethsémani, qui distribue des larmes à ses plus chers privi­légiés. Vos dispositions sous ce rapport me font le plus grand plaisir. Votre [2 r°] dernière si bonne lettre me montre l'âme de mon enfant telle que je veux toujours la voir, ardente à souffrir, généreuse à embrasser la croix. Tout me prouve donc à merveille que mes espérances ne sont pas dos illusions. Pour deviner combien j'en suis heureux, il faudrait savoir à quel point elles me tiennent au coeur, ces paternelles espérances. J’attends de Dieu leur entier accomplissement, et un peu aussi de votre coeur filial. Jésus est à l'oeuvre ; laissez vous faire,

Chacune de vos quatre lettres mérite tous mes Merci, presque autant que vos visites à Paris. Ce n'est pas seulement à Lisieux qu'on est reconnaissant au bon Maître pour ses gâteries de Pâques. Pour une autre fois apprenez à en jouir [v°] sans faire la moue à Jésus.

Qu’il soit bien entendu que vous bénirez Dieu de chacune de vos épreuves... Puis carte blanche toujours. Néanmoins j'éprouve un serre­ment de coeur à la pensée des communions qui vous échappent. Il faudra les reprendre.

Du 11 au 17 juin je donnerai une retraite à quelques pieuses dames réunies dans une communauté de Vitré. Mme G. d'Alençon, (Mme Gardien ou Gardieu) s'offre à vous y conduire. (Veuillez en garder le secret inviolable). Dites moi que vous m'aiderez à obtenir du Ciel et de la terre cette faveur pour votre âme.

Je prie de mon mieux pour votre chère défunte, votre petite malade et toutes vos intentions.

Partagez avec votre Thérèse toutes les bénédictions que je puise pour vous dans le Coeur de Jésus.

A.P.

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