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Du P. Pichon à Marie - 18 décembre 1885.

Du P. Pichon à Marie. 18 déc. 1885.

+ Montréal, 18 D.

Ma bonne enfant en J.C.

Aux abois... éperdu... au milieu du pêle mêle encombrant de mes occupations, j'ai vu dix de vos lettres chéries (reçues les 10, 20, 28 Oct., 5, 13, 17, 27 Nov., 1, 9, 15 Déc.) s'entasser sur mon bureau... et je me suis dit que N.S. s'entend à multiplier mes sacrifices et les sacrifices de mon enfant. Grondez le donc après l'une de vos Communions. Reprochez-lui d'être trop attentif à multiplier nos mérites. Dans ces trois derniers mois j'ai [1 v°] prêché douze retraites dont cinq duraient plus de huit jours. Quel bonheur de se dépenser ainsi pour Jésus. Mais quelle souffrance intime de faire souffrir mes enfants de France.

Les mélodies de votre âme je les écoute comme des mélodies du ciel égarées sur la terre. Ah ! Que l'amour de Jésus chante doucement dans votre coeur ! Je ne veux éteindre aucun de vos désirs enflammés. Mais j’interdis toute pénitence corporelle non sanctionnée par l'obéis­sance.

Est ce vrai que vous abandonnez de bon coeur à Jésus toute conso­lation ? Dites-lui [2 r°] cela pour nous deux à l'aurore de cette année qui va débuter par le Coeur de Jésus (Le vendredi 1er janvier 1886 était un vendredi, dédié au Sacré-Cœur, dévotion privilégiée du P. Pichon).

Au St Autel, je consacrerai très

spécialement à ce Coeur adorable mon double moi, vers 8 h du matin il sera 1 h 1/2 chez vous. Que notre unique Bien Aimé ait les prémices et toutes les parcelles du nouvel an qu'Il nous donne.

Oui, j'ai reçu vos dollars et vos messes sont dites. Savez vous avec quelle joie ?

Votre lettre datée du 8 Nov. n'était point affranchie.

Vraiment je me sens un coeur bien paternel pour la Rév. Mère Prieure (Mère Geneviève de Sainte-Thérése). Pouvez-vous lui dire bien discrètement que je vais [2 v°] lui donner une place privilégiée au St Sacrifice, chaque jour !

Non, non, je ne vous laisse pas vos coudées franches pour négliger un rhume et compromettre votre santé. Obéissez ! Obéissez! Ou bien N.S. vous fera les gros yeux en son nom et au mien.

Mes félicitations pour l'heureux retour de votre excellent Père (M Martin est rentré de son long voyage à Constantinople le 10 ou 17 octobre).

J'aime de plus en plus ce Jésus si jaloux du coeur de mon enfant mais je ne lui veux aucun rival. Qui donc prétendrait en remontrer au coeur de mon enfant ? Ce petit tapis, étrenné par Jésus et votre père protesterait.

Méditez, goûtez cette parole de N.S. à Ste Gertrude : « Je suis le plus proche de vos proches, je suis votre père, votre frère, votre époux ! » Amen, amen!

[2 v° tv] Mes plus paternelles bénédictions pour 1886

A.P.

[2r° tv.] Prier et faites prier pour ma retraite du 3 au 12 janv.

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