Imprimer

Du P. Pichon à Marie - 7 juillet 1882.

Du P. Pichon à Marie. 7 juillet 1882.

 

+ Nantes, 7 Jt.

Ma bonne et chère Enfant en J.C.

N.S. me fit cadeau, la semaine dernière, d'une fièvre qui par bonheur ne m'empêcha qu'un jour de monter au St Autel, mais condamna ma plume à l'inaction la plus absolue. Il ne me reste plus que de la faiblesse et je profite de la liberté qui m'est rendue pour courir à Lisieux. Vos pages, où se reflète à merveille toute votre âme, demanderaient maintes réponses de détail que je n'abrège qu'à contre-cœur. J'ai bien goûté les extraits de votre chère Tante du Mans. Dans ses pensées il y a souvent un fidèle écho de ma pensée sur vous. Si vous saviez comme votre âme m'est transparente ! Votre nature peut bien [l v°] n'être pas comprise autour de vous, ou même de vous. Moi, je la sais par coeur. Nature exubérante, riche de mille aspirations et généreux élans qui la font souffrir faute d'aliments, mais qui un jour la feront jouir, quand enfin Dieu lui aura montré sa voie. Il vous faut une vie toute dévouée, où vous trouviez l'occasion, je voulais dire mille occasions d'épancher Ic trop plein qui déborde. A ce titre votre chère correspondance est un avantage précieux. Comme j’aime à vous voir déverser toute votre âme sur ces feuilles qui me l'apportent telle que je veux la voir. Si vous m'aviez envoyé à Nantes la lettre que je trouvai en arrivant à Vitré, elle n'eût pas soulevé la moindre objection : car elle est un bon petit modèle d'une lettre de Direction.

Votre réponse à mon petit mot si [2 r°] plein de larmes, m'a bien touché et je vous en suis mille fois reconnaissant. Vous avez accepté, non sans peine, mais avec une généreuse résignation le calice amer et il m'a semblé que Jésus était content de vous.

N'est ce pas la meilleure de mes joies de me dire que le Cœur de Jésus vous aime bien ? Ne vous inquiétez pas de l'avenir qu'il vous réserve. Il sera digne de son amour. Ce qui me fait espérer pour vous la vie religieuse, c'est principalement cet ensemble d'aspirations élevées, de généreuses ambitions avec ce je ne sais quoi d'affamé, d'insatiable d'un coeur que le monde laisserait par trop vide. Elle n'a peut-être pas tout à fait tort cette Dame qui vous croit plutôt faite pour une vie de dévouement que pour le cloître... Ne devançons point [2v°] l'heure du bon Dieu. Il saura vous faire connaître à point nommé tout ce qu'il désire de vous, tout ce qu'il médite pour vous.

Ma petite collection de photographies n'est pas complète, c'est précisé­ment celle que je souhaite par dessus toutes les autres qui me manque.

Voici mes adresses : le 10 et le 11, voire même le 12 au matin : chez M. le Curé de Segré (Maine et Loire). Puis retour à Nantes jus­qu'au 22. Du 25 au 30 ou 31 au Pensionnat St Joseph, Senlis (Oise).

Même à Nantes vous pouvez m'écrire tous les quinze jours. Ailleurs votre plume garde toutes ses filiales libertés. Soyez fidèle à vos Communions. Gardez celle que je vous ai permis d'ajouter. Je vous attends dans quatre jours à Segré. Voyez vous mon bon ange chaque fois, qu'il va vous bénir ?

A.P.

Retour à la liste des correspondants