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Du P. Pichon à Marie - 5 août 1882.

Du P. Pichon à Marie. 5 août 1882.

 

+ Le Mans 5 Août

Ma bonne Enfant en J.C.

C'est à deux pas du berceau de votre enfance que je puis enfin vous donner un petit signe de vie. Me voici engagé dans une longue série de onze retraites successives, qui ne me laisseront aucun répit jusqu’en Novembre. Entre 4 h. du matin et 9 h. du soir, où trouver un loisir ? Depuis Mercredi et jusqu'à Vendredi matin, 11 Août, je donne les Sts Exercices aux Religieuses de Marie Réparatrice, non loin de Ia Rue Champgarreau, Bd Négrier, 31. Est ce que vous n'au­riez pas à rendre visite à votre tante? (Sœur Marie Dosithée est morte depuis cinq ans!)

[1 v"] Que j'aimerais vous bénir ! Votre chère Pauline n'est elle pas dans ces parages ? Il faut que vous veniez la chercher. Hâtez vous.

Vos lettres du 9, du 16, du 23 et du 29 juillet étaient bonnes, toujours meilleures, de plus en plus transparentes, confiantes, filiales. Peut être sont elles parfois, dans certaines lignes, un peu trop bonnes Vous m'entendez ? je crains les regards indiscrets et malveillants. Rassurez vous il sera toujours bien facile à votre père, de lire entre les lignes et de déchiffrer toute votre âme avec ce qu'elle a de plus filial.

Ce m’est une grosse peine de ne pouvoir lutter avec la générosité de votre plume. Le bon Dieu ne le veut pas. Ce serait mal à vous de m'en faire un reproche. J'en souffre tant ! Il me semble qu'alors vos bonnes lettres [2r°] me consolent davantage.

Elle est vraiment bien heureuse l'âme qui sait tant aimer ; car elle peut pénétrer plus avant dans le Coeur de Jésus. Hors de là toute affec­tion sera impuissante à combler l'abîme béant.

Vous avez raison, votre ardente, bouillante nature a besoin d'être calmée, disons le mot : mâtée. Dieu s'en charge. Donnez lui carte blanche et priez le de ne pas se gêner avec vous.

Je goûte fort cette ligne tombée de votre plume : Il y a "des moments où cela fait du bien de souffrir". Je bénis cette sagesse éclose avant l'heure dans votre âme. N'avez vous pas entendu comme je battais des mains pour....

[2v°] généreuse et vaillante ; vous continuerez à trouver dans le Coeur de Jésus la consolation dans vos épreuves. Ailleurs il n'y aurait que déceptions, amertumes nouvelles. Vous ne saurez jamais ici bas combien j'ai l'ambition d'orienter ainsi toutes vos aspirations, toutes vus tendresses vers le Bien Aimé du Tabernacle jusqu'ici vous me rendez la tâche facile. Merci, merci...

Ne croyez pas trop facilement que Jésus est mécontent de vous, j'aime mieux vous accorder qu'il est exigeant ; mais n'est ce pas le gage d'un amour jaloux ? De là vient qu'il rend perceptibles de petits sacrifices imper­ceptibles et qu'il vous tyrannise. Aimable bourreau ! (....)

[3r°] A chacun sa profession. Ne devenez pas Marie Eustelle (Marie-Eustelle Harpain, dont la cause fut introduite à Rome). Soyez vous toujours. Tout ce qui est humain n'est pas mauvais. La grâce le perfectionne, mais ne le détruit pas.

Enfant ambitieuse ! Vous demandez à Jésus la clef de son Coeur ! Rien que cela !... Eh bien ! oui. Je veux vous aider à l'obtenir. Cou­rage et confiance! Et vous voulez, méchante ! me ravir mes croix et prendre tout pour vous seule ! Non, non, Jésus ne me fera pas cette peine de vous exaucer.

Mon bon ange vous a t il dit l'accueil paternel qu'a reçu la chère petite carte que vous aviez réservée pour la bonne bouche (la photo de Marie elle-même) ? Que serait-ce donc si Jésus m'envoyait ces jours ci l'original.

Gardez la communion hebdomadaire. N.S., vous et moi nous y gagnerons.

Guerre à nos petits défauts. Dieu le veut... Oh ! de grand coeur je vous [3v°'l permets d'être ambitieuse, jalouse de l'amour de N.S. Visez haut ! Votre nature vous porte vers les cimes.

Il me semble qu'en aimant Saint Ignace vous ne faites que votre devoir. N'est il pas votre grand' père ? Il vous aime bien aussi, comme les grands parents savent chérir, Quel bon accueil il fera à vos prières, et plus tard à votre âme au Paradis. Vous serez de la famille. Aussi je n'ai eu garde de vous oublier Lundi matin au St Autel.

Ces petites mortifications vous gagneront le Coeur de Dieu. Mais ne dormez plus sur la paille sans permission. Contentez vous de baiser la terre.

Lisez, goûtez St Fr. Xavier. Sa trempe vous ira.

Je ne vous permets point de vous fâcher, pas plus pour des cerises que pour des prunes. Mais rien ne m'empêchera de vous bénir de mes plus paternelles bénédictions.

A.P.

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