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Du P. Pichon à Marie - 1er septembre 1882.

Du P. Pichon à Marie. 1er septembre 1882.

 

+ Poitiers, 1 Sept.

 

Ma bonne Enfant en J.C

 

Vous attendrez deux bonnes heures avant de lire cette lettre. Dieu vous en saura gré. Je profite d'une toute petite halte à Poitiers pour me retourner vers Lisieux, vous remercier, vous bénir. Votre plume est bonne, filiale, mais bonne au point de rendre jalouses toutes les plumes de mes enfants. Si vous saviez toutes les joies que je lui dois, vous la baiseriez bien affectueusement.

Je surveille d'un oeil bien paternel l'action de Dieu en votre âme ; vos aveux si empreints de loyauté [lv°], de naïve confiance, m'aident à merveille. Se peut il que vous soyez assez peu clairvoyante pour craindre de m'ennuyer, de m'importuner. O la plus aveugle des enfants, ouvrez donc les yeux et connaissez votre père.

Elle est impatiemment attendue cette carte qui représente si bien une moitié de vous même.

Je suis fier de vous puisque la R.M. Prieure vous trouve bien généreuse (la prieure est alors Mère Geneviève de Sainte-Thérése). Ma joie est de penser que le Divin Maître va, Lui aussi, être bien content de votre sacrifice et vous aimer encore davantage. Avec votre ardente nature, votre coeur si riche de tendresses, si exubérant [2 r°], que vous êtes heureuse d'avoir trouvé Celui qui peut seul vous combler, vous rassasier d'amour. N'est il pas vrai, mon Enfant, que pour vous, hors de Dieu il y a toujours du vide.

Je ne puis en croire votre lettre du 6 Août : non, non, je ne vous ai point laissée sans réponse un mois et quatre jours. Vous avez mal supputé. Ce jeûne eût été trop long pour moi.

Vous malheureuse ! je vous défends de me dire jamais pareille chose, surtout de le penser. Gardez toutes vos faims dévorantes. Bienheu­reux, dit le divin Maître, les affamés et les altérés. Tout sera assouvi en Dieu. [2 v°] Un jour N.S. vous enivrera de son amour. Patience. En attendant guerre à l'orgueil, à l'amour propre, au moi, à tout ce qui entrave la divine charité. Tenez vous en garde contre les reflets enchan­teurs de l'avenir. Savez vous combien je veux préserver votre chère âme de l'illusion, de la séduction des choses périssables et vaines.

Répugnances, émois intérieurs, révoltes, rien ne m'étonne : c'est la nature qui se débat sous l'étreinte de la grâce. Il vous faudra plus d'une agonie pour mourir avec votre vivante et vivace nature. Dieu s'en charge.

Suivez l'attrait pour la Méditation et préférez les sujets qui vous parlent au coeur. C'est bien moi et N.S, qui vous demandons et commandons de garder vos 4 Communions. [3 r°] Dans la frayeur, que certains souvenirs vous causent, je crains un piège du démon, qui aime à pêcher en eau trouble. Il y a un juste milieu à garder. Croyez moi, tenez votre âme un peu plus en paix sur ce point.

Mon bon ange est souvent parti pour Lisieux ; je lui pardonne ces absences à cause du grand sacrifice que Jésus va vous demander (…)

[3 v°] on aime mieux qu'ici bas. Vos chers défunts savent là haut ce que votre coeur leur dit ici bas. Comme c'est mal à vous de craindre l'abandon de votre père dans la patrie. J'aime cette ligne du 20 Août : « Je trouve Pauline bien heureuse de se donner à Dieu. » Oui, oui, oubliez le Dieu mécontent et voyez le Dieu indulgent plein d’amour C'est celui là qui gagnera tout votre coeur. (…)

[4r°] Voila qui mériterait une gronderie paternelle, si votre père savait gronder. Le contraindrez vous à apprendre ce vilain métier qui serait si dur à son père. Vite j'attends un aveu qui répare tout.

C'est bien : allez à l'aveugle au divin banquet ! je ne veux point que vous rendiez votre conscience dépiteuse. N'en doutez pas, mon Enfant, je lis au fin fond de l'âme. Vous seriez bien joyeuse si vous saviez combien l'oeil paternel est clairvoyant. Voilà une sainte parole : « Je veux me dépenser pour Dieu ». Amen. Amen. Ainsi soit il.

4v°.] Continuez à avoir de saintes ambitions par ex. d'être préférée du bon Dieu. Oui, je vous le permets et vous y invite.

Oh ! à coup sûr il y a longtemps que votre âme est mienne. J'ai toujours prié pour elle en recommandant à Dieu les âmes qu'il devait un jour me confier.

Votre bonne Mère me protègera du haut du Ciel ; c'est ma joie de l’espérer.

Partagez avec vos soeurs et surtout avec votre bien aimée Agnès de Jésus mes meilleures bénédictions.

A.P.

Du 1 au 17 Sept. à Ste Philomène de Migné (Vienne).

Du 20 au 8 Oct. chez les Relig. de Meyssac (Corrèze).

[v°] Priez bien pour moi, surtout le 8, anniversaire de mon Sacerdoce !

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