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Du P. Pichon à Marie - 5 novembre 1883. Fragments.

Du P. Pichon à Marie. 5 novembre 1883. Fragments.

 

+ Bruxelles, 5 Nov.

Ma bonne Enfant en J.C.

Mon silence vous pèse, et à bien d'autres avec vous, et à moi plus qu'à tous les autres. Mais s'il y a peine il ne peut y avoir remords : car le divin Maître sait que je dépasse la limite de mes forces. Cinq retraites en Octobre ! Est ce assez pour réclamer le bénéfice des circonstances atténuantes ? Oui c'est plus qu'il n'en faut pour m'excuser, mais non pour me consoler. Ce qui me console le mieux, c'est une ligne comme celle ci au bout de votre plume : « Si vous saviez comme je suis sage et comme j'ai bien offert au bon Dieu cette chère lettre qui ne [1 v°] vient pas ! » Quand on est réduit à exercer la patience d'une enfant gâtée, rien n'est bon au coeur comme de la voir se résigner et sourire malgré tout.

Oh ! Oui, vous êtes un petit coin de mon héritage et un coin qu'on ne voudrait échanger contre aucun autre, parce que c'est celui qu'on tient le plus à léguer au Sauveur Jésus.

Vos bien aimées pages du 1er Nov. viennent de m'arriver à l'instant même, au fond de la brumeuse Belgique. C'est un rayon du soleil de la patrie. Dites moi encore, dites moi toujours que vous aimez Jésus, que vous Lui donnez tout votre coeur. N'oubliez pas d'ajouter que vous savez Lui faire de bons sacrifices, et le remercier pour les persécutions dont il nous honore. Surtout faites en sorte que Jésus vous aime, mais vous aime avec prédilection, [2 r°] vous aime tous les jours davantage, vous aime jusqu'à vous donner sa croix entrelacée de lys et de belles roses empourprées par son amour. Tant que je la verrai bien vibrante en votre coeur cette fibre de la div. Charité, vous pourrez dire que vous rendez votre père bien heureux. Cette joie, je n'y veux point renoncer. Cette joie, je la goûte et veux la goûter, la savourer de plus en plus j'en suis très avide, très gourmand.

Comme je vous trouve sage de ne point vous attacher à cette pauvre vie et le coeur paternel (...)

[2 v°] croie dans la tombe. Vous savoir morte ! Oui, j'y consens. Vous savoir infidèle ! Non je ne m’y résignerais pas et moi tout le premier j'en aurais des remords inconsolables !

Attachez vos regards, ô mon Enfant, sur ce que l'oeil de l'homme n'a point vu ; écoutez ce que son oreille n'a point entendu ; aimez ce que son coeur ne peut saisir (cf.1 Co 2, 9). Par avance vivons au Ciel, dans ce ciel où il n'y a ni France, ni Belgique, ni Lisieux, ni Paris, dans ce ciel où nous ne ferons qu'un en Dieu (....)

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