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Du P. Pichon à sœur Marie du Sacré-Cœur - 19 septembre 1893.

Du P. Pichon à sœur Marie du Sacré-Cœur. 19 septembre 1893. 

+ Lachenaie, 19 Sept. 93.

Ma chère aînée,

Depuis le 21 janvier, pas un écho de mon âme ne vous est parvenu et elle vous a tant parlé ! Si vous entendiez tout, vous sentiriez que je suis aussi père que vous êtes enfant. Oh ! Ce n'est pas peu dire, mon cœur le sait et le sent mieux que jamais.

J'ai vraiment eu de la peine de ne pouvoir vous écrire pour le 15 août. Alors j'étais malade, caserné à l'ambulance. Mais au St autel je me suis dédommagé.

Les fibres les plus intimes ont tressailli devant ce : « nous voilà à deux ! » L'agneau bien-aimé saura-t-il avant le ciel combien je lui en suis reconnaissant ? Que je comprends votre joie et que je la partage de retrouver carte blanche [lv°] pour la complète intimité de nos âmes... comme aux Buissonnets.

Un instant l'espérance du revoir à bref délai a lui devant mes yeux et elle a disparu du moins pour cette année. Abandon filial !

Je connais l'âme de mes filles (le fort et le faible) beaucoup mieux que vous ne pensez ; vous ne m'apprenez rien.

Mon cœur sent la position délicate faite par Jésus au cher Agneau et je n'ignore pas toutes les ressources qu'elle tient du ciel pour y faire face. Ma pensée va plus loin que votre plume et je la sens à l'unisson de votre pensée. Obtenir des communions de plus, quel appât, quelle source d'émulation ! N'épargnez rien pour en mériter. Soyez lion pour les conquérir.

[2r°] N'écoutez pas le perfide diablotin qui cherche à tarir vos confidences filiales. Laissez venir à moi votre âme d'enfant. Elle m'apporte en exil les joies de la patrie.

Non, non, ni le temps, ni la distance, ni même le silence ne sauront dessouder nos âmes et nos cœurs. Guerre au Menteur qui dit le contraire.

Mon Enfant, avec votre cher Agneau pour Prieure, il faut vous faire bien petite, vous mettre sous les pieds de toutes, vous faire pardonner d'être tant sa sœur. Belle moisson de renoncements, de sacrifices, d'épines et de roses empourprées du sang de votre cœur. Je vous félicite.

Vous avez raison : l'Esprit-Saint nous parle à l'intime et c'est une preuve éclatante de son amour ; écoutons-le bien ; soyons attentifs à toutes ses divines leçons.

Onze ans que je suis votre père ! Savez-vous tout ce que [2°v] cela me dit au cœur ? N'est-il pas vrai que Jésus a été bon de vous donner à moi et de me donner à vous ?

Ici, je donne une retraite de paroisse entre deux retraites de collège. Priez. Mon Apostolat réclamerait à tue-tête si un seul jour il cessait d'être vôtre.

En lisant l'histoire des orages petits et grands que votre plume me confie si filialement, je me suis rappelé ce joli mot de Fénelon : « Dieu polit un diamant avec un autre diamant ». J'y rêve doucement. Chère petite bergère, aidez-la à sourire au bouquet de myrrhe !

Les larmes sur les joues du St Patriarche (au reposoir) devant la blanche hostie : voilà un sourire du ciel.

Je suis heureux de voir ce religieux exclu du Carmel. Et Jésus applaudit. J’applaudis au bonheur de Léonie.

Comme ce serait mal à vous d'imiter mon silence. Oh ! Non, vous ne le ferez jamais.

[l r°tv] Merci pour vos vœux (pour la Saint-Almire, le 11 septembre.)

Je vais bien prier pour votre grande retraite.

Je vous garde bien avant dans mon cœur et je vous bénis.

A.P.

Rassurez-vous, je lis toutes vos lettres, toutes sans exception. [2v°tv°] Je vais écrire prochainement à notre Céline.

Bravo pour les petits points noirs. — Oh ! Non, je ne vous conseille pas ce remède de laisser une communion, à moins qu'on ne commande.

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