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Du P. Pichon à sœur Marie du Sacré-Cœur - 2 Août 1892.

 

Du P. Pichon à sœur Marie du Sacré-Cœur. 2 Août 1892. 

+ St Joseph de Lévis, 2 Août 92.

Ma chère aînée si tendrement mienne en N.S.

Mes yeux pleurent, et ce n'est pas seulement la fatigue, la souffrance aiguë qui fait couler leurs larmes, c'est encore, c'est surtout le souvenir de mes plus chères enfants qui s'affligent de mon silence. Voilà mon martyre. Puissiez-vous n'en jamais [1 v°] connaître toute l'amertume.

Que faire ? Mes yeux sont de plus en plus récalcitrants. Me voici achevant la sixième des 12 retraites qui encombrent ma vie depuis le 11 Juin et vont m'absorber jusque fin Septembre. Deux retraites ecclésiastiques à Montréal du 14 au 20 août et du 29 au 4 Sept, réclament très spécialement vos prières.

Vraiment j'ai bien ri en apprenant par Lisieux que je suis le Confesseur du Carmel de Montréal. En 6 années de séjour au Canada j'ai fait 3 visites au parloir du Carmel [2 r°] et jamais je n'ai entendu une seule confession, ni donné un seul mot d'instruction. Voyez si vous avez lieu d'être jalouse.

3 Août. Vous le savez bien, n'est-ce pas, ma très chère Fille, que je suis avec vous tous les jours aux pieds de Jésus et Marie. Mais le 15, vous sentirez encore mieux mon cœur tout près du vôtre dans le Cœur de Jésus. C'est tous les trésors de ce divin Cœur que je vous offrirai comme cadeau de fête, en y ajoutant toutes mes plus tendres bénédictions.

[2 v°] Le Vénéré patriarche a donc reparu dans votre Thébaïde (allusion à la visite de M. Martin au Carmel le 12 mai précédent). Oh ! Que j'en ai su gré à N.S. Joies et peines, pour vous et moi tout est commun.

Entr'aidons-nous à nous immoler pour la gloire et l'amour de notre Bien-Aimé Jésus. Oh ! Merci pour chacun de vos bénis feuillets. Vous êtes fidèle comme votre cœur sait être fidèle. Que je remercie le bon Maître de m'avoir donné mon aînée. Nul loup ravisseur ne vous ravira jamais votre père, ne me ravira jamais mon enfant.

Je vous bénis, chère Enfant et avec vous votre sainte Mère, l'Agneau et l'Agnelet (Mère Marie de Gonzague, sœur Agnès et Thérèse), de tout mon cœur si paternel.

A. P.

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