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Du P. Pichon à sœur Marie du Sacré-Cœur - 14 août 1890.

 

Du P. Pichon à sœur Marie du Sacré-Cœur. 14 août 1890.

+ Rimouski, 14 A. 90.
Ma chère Fille aînée en J.C.
Puissiez-vous ignorer à jamais ce qu'il m'en coûte de ne pouvoir répondre à tant d'âmes qui m'appellent.
C'est plus qu'une agonie, un martyre ! Mes meilleurs enfants peuvent se croire délaissées et mon coeur me
dit bien haut qu'elles en souffrent. Hélas ! J'en souffre mille fois plus qu'elles. Les abandonner ! Oh ! Non,
mon âme de prêtre et mon coeur de père ne le permettront jamais. Mais comment lutter contre la tempête
de mes occupations ? Beaucoup de bien à faire est consolant. Mais ne pouvoir suffire au demi-quart...
c'est navrant ! Plaignez-moi. Mais de grâce ne doutez pas de [1 v°] votre père, qui ose bien se dire non
seulement vôtre toujours, mais encore plus vôtre que jamais.

Je suis votre âme, je me sens soudé à cette chère fille de mon cœur. Devant Dieu nous faisons cause
commune. Vous avez tous vos droits sur mon calice chaque matin.
Chère Enfant, que le Ciel sera beau ! En attendant, le ciel du Tabernacle, le ciel du Coeur de Jésus est
beau aussi en dépit de tout !
Je crie vers N.S. : « Laissez toujours venir à moi mes enfants. (Mt 19, 14).»
Ce n'est pas par la main, c'est par le coeur que votre père vous a conduite à Jésus.
Il faut attendre le revoir sans en désespérer ! Patience ! Confiance !
[2 r°] C'est demain votre fête ! Nous voici aux premières vêpres ! Demain nos cœurs se rencontreront,
ne feront qu'un dans le Coeur de notre Mère du Ciel. Demain j'offrirai pour vous le St Sacrifice. Quel
dommage que ce petit feuillet ne soit point entre vos mains ! Aidez-moi à faire tous les sacrifices que
Jésus me demande... Entendrez-vous l'écho de tous mes vœux ? Jésus et Marie les recueilleront et ils vous
souriront pour moi.
Que je suis touché, mon Enfant, de votre persévérance à m'écrire, de votre inébranlable fidélité. Je ne
m'étais donc pas trompé sur votre coeur !
Continuez à tout offrir pour mon ministère. Il est si gourmand !
[2 v°] Je ne déserte pas votre calvaire. Tout mon coeur y a fixé sa tente près du saint et bien-aimé
patriarche. Quelle gloire Dieu lui prépare au Ciel ! Mon Enfant, Jésus est content de vous voir renouveler
souvent et de bon coeur votre sacrifice.
On va sonner mon 4ème, sermon de la journée. Vite je vous bénis et je vous cache dans le Coeur
Immaculé de votre bonne Mère du Ciel.
Votre père à jamais
A.P.
Recommandez-moi à votre sainte mère Geneviève !

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