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Du P. Pichon à sœur Marie du Sacré-Cœur - 22 janvier 1888.

Du P. Pichon à sœur Marie du Sacré-Cœur. 22 janvier 1888.

 

+ Paris, 22 J. 88

Ma chère Fille aînée, si chère en N.S.

Jésus semble vouloir que je participe aux épreuves de votre noviciat. Ma plume n'a connu que des sacrifices depuis le 1er janvier. S'ils consolent le Cœur de Jésus, applaudissons ‑nous d'en souffrir.

Vos 4 chères lettres quadruplent mes regrets. Je leur en veux d'être si bonnes, et de faire un tel contraste avec mon vilain mutisme. La plume dort, mais le cœur parle et je serais ravi si vous pouviez l’entendre. Ma vieille enfant doit avoir l’oreille intime plus sensible, plus habituée à la voix paternelle.

[1 v°] Jésus vous tient à l'école de sa croix, à l'école de son cœur. Ce quelque chose de voulant, de brisant, de broyant que votre cœur sent de plus en plus. Voilà les mines du Pérou d'où vous pouvez extraire des trésors d'angoisses et de martyres. Souffrez pour des riens ! Qu'importe, dès que vous souffrez et que vous souffrez beaucoup ! Souffrez sans motif avoué, souffrez à tort et à travers, c'est toujours la souffrance et elle est bonne en proportion de sa vivacité et de son amertume, pourvu que vous l'acceptiez pour Jésus.

Souffrir pour des riens, souffrir sans cause, c’est n'avoir pas même la consolation de ceux qui voient leur souffrance motivée et légitimée.                                                                         

[2 r°] Ce n'est pas moi, mon Enfant, qui déprécierai les petites choses à vos yeux ! moi qui voudrais tant vous inspirer le culte des petites choses. Jésus vous tiendra compte de votre morceau de pain refusé, encore plus que d'un verre d'eau accepté.

Ne me parlez pas de la mort de votre plume. C'est par trop méchant. Rien que l’idée d'un pareil sacrifice me fait peur.

Merci d'être si bien vous ! Et de promettre vos chères effusions d'âme, fussè-je muet du 1er Janv. 88 au 1er Janv. 89. Cela m'est bon et me dit tant ce que vous m'êtes!

Vos 21 lettres du Canada! Voilà qui peut jeter un défi à l'enfant la plus filiale.

Votre profession ! Oui, vous êtes bien inspirée de me l’offrir comme mes étrennes préférées et préférables à tout. Ajoutez les petits points noirs. (2 v° 1 Je les réclame parce que l’Enfant Jésus en est friand.

Mes premières bénédictions sont tombées en abondance sur vous dès la première minute de 1888 Je donnais un salut solennel au coup de minuit dans l’Eglise des Bénédictines de Craon. Et vous aviez là une place toute privilégiée à ce foyer de la famille où mon cœur convoquait toutes mes enfants.

Ce cri de votre âme: Oh! que je veux être une sainte! est la plus douce harmonie que mon cœur ait jamais entendue ! Bis ! Bis !

Que le lion rivalise à en rugir avec l'agneau et l'agnelet…Buvez à longs traits les exemples, les paroles, toutes les leçons de votre Ste M. Geneviève. Comme je suis heureux de vous voir tressaillir au contact des saints ! [1 r° tv] Je vous bénis à la soif de votre cœur.

A.P.

Je sais gré à la Ste mourante (Mère Geneviève) de tant aimer son ange blanc! Je suis fier de vous quand vous me dites que vous aimez encore mieux mes lignes pour votre Mère que pour vous. Alléluia!

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