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Du P. Pichon à sœur Marie du Sacré-Cœur - 16 avril 1888.

Du P. Pichon à sœur Marie du Sacré-Cœur. 16 avril 1888.

 

+ Poitiers, 16 Av.

Ma toute mienne Enfant en J.C.

Enfin ! Enfin ! N. S. me permet de prendre mon essor vers le bien aimé Carmel où je retrouve avec tant de joie (sans le quitter jamais) l'heureux lion dompté par le divin amour. Mon attente n'est pas moins douloureuse que la vôtre. Jésus fait d'une pierre deux coups ; ma pauvre plume paralysée durant des mois lui est un double holocauste. Six lettres ! C’est moins que du temps du Canada ! Mais elles [1 v°] sont bien plus précieuses aujourd'hui qu'elles m'arrivent du Carmel. Votre sainte et bien-aimée vocation fait mon bonheur autant que la mienne. Si vous saviez à quel degré, vous en seriez trop heureuse.

Vos lamentations, vos sacrifices, l'exil loin de votre Mère (Mère Marie de Gonzague est malade), tout devenant mérite puisque tout coûte, le cœur réclamant des droits qu'on lui conteste, et gémissant sur son impuissance, le Canada en perspective (il repartira en octobre suivant), les souvenirs du Havre et de Calais, tous nos Gethsémanis et tous nos Calvaires, comme c'est bon quand Jésus est là, recueillant un peu de gloire et un [2 r°] un peu de joie en proportion de nos souffrances.

J'ai trouvé dans St Fr. de Sales une parole que je vous envoie comme un petit programme tracé tout exprès pour vous : « Je ferai de tout mon cœur ce que de tout mon cœur je voudrais ne pas faire. » Oh ! L'excellent mot d’ordre !

Cher 17 avril (rappel de la première rencontre en 1882) ! Je vais le célébrer avec vous et Jésus... et j'y mettrai tout mon cœur. Six ans de divines gâteries pour l'enfant et pour son père. Si le voile s'était alors déchiré, quelle joyeuse perspective pour nos cœurs !                                                                                                           

Au Carmel plus de crèvecoeur, [2 v°] puisque l'on se prive de tout ! J'aime cette sagesse de mon Enfant. Est-ce que mes Amen ne retentissent pas à vos oreilles ?

Merci, merci de me dire que le silence de ma plume ne vous empêche pas de m’entendre.

Gardez tous vos droits acquis et entassés depuis 6 ans. Moi, je n'abdiquerai jamais un droit cher entre tous, le droit de vous donner à Dieu. Grâce à vous ne suis-je pas deux fois à Jésus? C'est mille fois que nous voulons Lui appartenir, le glorifier et l'aimer.

Quand donc le revoir tant désiré ? Je vous expliquerai alors l'innocence baptismale.

Attention aux petits riens et aux [2 v° tv] petits points ! Jésus seul ! Jésus seul !

[2 r° tv] Mon enfant, à vous, toutes mes plus tendres bénédictions en 1888 mieux encore qu'en 1882

A.P.

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