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Du P. Pichon à sœur Marie du Sacré-Cœur - 18 juin 1888

Du P. Pichon à sœur Marie du Sacré-Cœur. 18 juin 1888

 

S. Brieuc 18 J.

Ma bienheureuse Epouse de J.C.

Comme c'était bon, ce cher lendemain de vos noces, dont Jésus m'a laissé jouir cinq jours durant ( cinq jours de la retraite qu'il a prêchée au Carmel, après la prise de voile de Marie.). Oh! Vous n'avez pas su tout ce que le cœur paternel a concentré de saintes émotions. Je me sens plusà Jésus depuis que vous êtes définitivement soudée à son cœur.

Ce poids de l'exil si accablant, cette faim si exorbitante, ces désirs inassouvis qui ne connaissent ni trêve ni merci, voilà leschers instruments de supplice, qui feront de vous une martyre. Le voulez-vous bien pour l'amour [1 v°] du divin Epoux?

De douleur en douleur, d’agonie en agonie, oh! l'excellente échelle pour monter jusqu'à Jésus. Félicitez-vous donc de votre sensibilité, et offrez-vous au divin Cœur comme sa petite victime. Pour vous Jésus a des lois à part ; c'est vrai. Mais aussi il a des droits à part... en proportion.

Cette chère fête du S. Cœur, la bien-aimée par excellence entre toutes les fêtes, je n'ai pas oublié que c'était votre fête. Mais pour le service du divin Roi j’étais tellement occupé que ma plume est restée muette. Le cœur seul vous a fêtée. C'est l'important.

[2 r°] Ecoutez bien et vous m'entendrez applaudir à toutes vos luttes, grandes et petites, connues et ignorées. Oh ! Nulle n'est ignorée du céleste vainqueur. Courage au petit soldat blessé. Qu'il se couvre de glorieuses cicatrices ! Fidélité aux petites choses ! Généreuse délicatesse pour ne rien refuser à Dieu jusque dans les moindres détails de la règle ! Répression énergique et vaillante de toutes les fougues, de tous les désirs tempétueux. Que votre âme reste toujours entre vos mains (Ps. 118, 109.), suivant la recommandation de l'Esprit-Saint.

[2 v°] Jésus m'accordera‑t-il le revoir, le cher revoir avantle départ d'octobre? Je le lui demande du fond du cœur. Aidez-moi.

Les échos de l'âme paternelle à 45 ans de distance m'ont bien touché.

Merci de me les avoir fait entendre. Heureuse enfant!

Est-ce que N.S. vous laissera boire le calice amer ? Tout mon cœur souffre avec vous de cette maison louée à Paris (maison louée à Paris par M. Martin pour que Céline puisse prendre des leçons de peinture dans les ateliers des grands Maîtres).

Que faire? Prier, supplier Jésus de prendre en main tant et de si chers intérêts. Ah ! Que le ciel sera beau et radieux !

Je vous glisse un pli pour le 21. Avec vous je fêterai bien cordialement Sr L. de G. (Mère Marie de Gonzague)

Je vous bénis comme mon enfant de plus en plus mienne.

A.P.

[2 v° tv] Priez pour ma retraite annuelle que je ferai du 3 au 12 Jet.

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