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Du P. Pichon à sœur Marie du Sacré-Cœur - 14 octobre 1888.

Du P. Pichon à sœur Marie du Sacré-Cœur. 14 octobre 1888.

                                                                          + Poitiers, le 14 Oct.,

Ma si chère Enfant de par le S. Cœur,

Jésus me fait mourir à petit feu. Toujours en suspens, à la merci du divin caprice. France ou Canada ! Qu'importe, pourvu que Jésus soit honoré, pourvu que nous ayons quelque chose à faire ou à souffrir pour Lui. Isaac ne vit le glaive suspendu sur sa tête que l'espace d'une demi‑minute. Et nos cœurs [1 v°]sont sous le glaive depuis des semaines. De petites données venues de Rome me font penser que Dieu va me garder à mes enfants de Lisieux. Nous nous reverrons et je jouirai encore de la gâterie du bon Maître qui ne veut pas me condamner aux distances pas plus qu'au voile. Comme il est bon et délicat, le Cœur adorable.

La plume seule est paralysée : mais le cœur n'est point en retard sur vos chères pages.

Comme je vous sais gré de [2 r°] ne pas compter avec moi. Vos feuillets me disent si bien ma vieille enfant!

Votre retraite! Oh! J'ai prié, supplié N.S. de la bénir. Il me tarde d'en avoir les échos. Dites-moi que j'ai bien à remercier le S. Cœur, qu'il a été généreux pour vous, et que désormais vous serez de plus en plus généreuse pour Lui. Malgré l'angoisse de l'attente, je suis tout heureux de me sentir si complètement à la merci de N.S.

Si je reste en France, nous aurons tout le mérite du sacrifice généreusement accepté.

Vous orpheline ! Oh ! Non jamais [2 v°]je vousen veux de vous arrêter à cette idée. Ne suspectez pas ainsi N.S.

Jésus est bien friand de vos sacrifices. Vous pouvez récolter une moisson si abondante !

Souffrir, souffrir, que ce soit votre aliment et votre breuvage. Souffrir, voilà ce qui fait aimer.

Mes yeux s'améliorent et j'écrirai demain aux Buissonnets.

Les entraves apportées à mon départ sont tout un petit mystère. Ma santé n'est pour rien en tout cela ! Comme Dieu se joue de nos plus beaux projets ! Il n'y a là qu'un jeu de la Providence, un vrai miracle de la prière.

J'ai été bien ému devant les souvenirs évoqués du 4 Oct. 84.

Soyez vous, rien que vous, et non Xaverine de Maistre ( petite-fille du comte Joseph, morte au Carmel de Poitiers sous le nom de sœur Thérèse de Jésus) avec N.S.

[I r° tv] Dans le cœur de Sainte Thérèse vous trouverez mes paternelles bénédictions pour ma vieille enfant.

A.P.

Que Sainte Thérèse m'entende demain et vous serez bien partagée.

Pour mes 4 enfants, ma messe et tous mes petits trésors spirituels. Merci pour vos vœux de S. Almire (Saint Almire, son patron, fêté le 11 septembre). Je prie pour votre cher père.

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