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Du P. Pichon à Marie Martin - 3 juin 1882.

Du P. Pichon à Marie Martin - 3 juin 1882.

 

+ Quintin, 3 J.

Ma bonne Enfant, en J.C.

Si vous saviez toute la joie que m'apportent vos chères missives vous seriez bien dédommagée de la peine que vous prenez à les tracer. Comme votre plume est bien inspirée ! Elle a le secret des plus filiales franchises : toute votre âme est là dans ces feuilles dont je ne vou­drais pas retrancher une ligne. Je ne suis point seul à vous remercier ; le bon Maître vous est reconnaissant tout le premier de cette grande ouverture de coeur, qui permet à votre [1v°] père de vous faire un peu de bien.

Ne vous accoutumez pas trop, je vous en prie, à toutes les gâteries paternelles. Savez vous combien il m'est difficile de dérober quelques minutes à mes retraitantes ? Il faut entamer des nuits déjà trop courtes. Mais comment refuser une enfant telle que vous ?

Vos petites cartes (photographies de la famille Martin) m'ont vivement ému et réjoui. Méchante ! Pourquoi les réclamez vous ? Pourquoi n'ai je pas reçu toute la Chère famille ? Il me semble qu'elle est un peu mienne et que j'ai mille droits à faire valoir.

Vous porterez à Rome, tous mes voeux, toute mon âme et votre [2r°] pèlerinage (le projet n’aura pas de suite) me rendra deux fois heureux, pour vous et pour moi.

Mon cher Apostolat vous sait le meilleur gré pour les prières et communions, dont vous lui faites l'aumône. Continuez ; j'ai de si belles occasions de sauver des âmes !

Si Jésus vous gâte, c’est pour gagner tout votre cœur. Sentez vous combien il vous aime, combien il vous veut à Lui, à Lui sans réserve, pour toujours. Je n'aurai point de meilleure joie dans ma vie, que de l’aider à se donner à vous et de vous forcer au besoin à vous donner à Lui.

Toujours plus, toujours plus, c’est le cri des coeurs tourmentés par le besoin de Dieu, de l'infini. [2 v°] Eh bien ! soyez encore et de jour en jour plus affamée. Jésus vous rassasiera, si avide que vous soyez. Dès maintenant ne refusez pas à votre cœur l’aliment du sacrifice. A l’oeuvre, chère Enfant, domptez votre impétueuse nature, enchaînez la aux pieds de Jésus. Vous avez de si belles occasions, vous, de gagner son coeur, en réprimant les saillies du caractère, en domptant votre rebelle volonté... Ne baisez la terre que les jours où vous méritez une pénitence.

Je n'ai pas le temps de vous dire combien les chères photogra­phies me sont précieuses. Votre bon père a un air bien vénérable et quelque chose d'un saint. Il faut que sa fille aînée soit digne de lui.

[tv] Ne vous mettez pas trop en colère surtout contre vous même. Je vous pardonnerais de rudoyer ceux qui vous entourent plutôt que de vous dépiter contre votre âme. Votre âme est mon enfant et j'exige que vous la traitiez avec douceur. La vanité en vous ne m’effraie pas ; votre coeur est trop haut pour ces petits colifichets. Paix, joie, dilatation de coeur. Gardez toute votre confiance, votre docilité et votre franchise. A vous mes plus paternelles bénédictions et à votre chère Pauline.

A.P.

Je rentre Lundi ou Mardi à Nantes jusqu'au 17. Mais deux retraites absorberont tous mes instants. Du 18 au 25 je serai à l'Orphe­linat de Vitré (Ille et Vilaine).

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